
Abbaye
Abbatiale Saint-Sauveur de Redon
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
À Redon, là où l'Oust rejoint la Vilaine dans un méandre de marais et de schiste, un clocher gothique de cinquante-sept mètres se dresse seul dans le ciel, décalé par rapport à la nef, isolé, comme s'il avait oublié d'attendre le reste du bâtiment. Ce n'est pas un accident. C'est l'histoire d'un projet inachevé depuis sept siècles.
Tout commence en 832. Un moine breton nommé Conwoïon cherche un lieu pour fonder un monastère. Il trouve ce promontoire de schiste au confluent des deux rivières, dans une contrée à peu près déserte. Nominoë, le premier à porter le titre de roi de Bretagne, lui accorde les terres, brise les résistances de l'évêque de Vannes, obtient la validation de l'empereur Louis le Pieux. L'abbaye naît dans l'ombre d'une lutte politique : Nominoë y voit la possibilité d'un lieu saint qui affirme la souveraineté bretonne contre les prétentions épiscopales franques. Les chercheurs de Cambridge le diront plus tard : les fondateurs de Saint-Sauveur ont créé, presque malgré eux, les conditions d'une conscience nationale bretonne.
Les Normands arrivent. L'abbaye est ravagée une première fois après la mort de Conwoïon en 868, une seconde fois en 920. Les moines s'exilent en Val de Loire, en Bourgogne, en Poitou, des années d'errance. Ils reviennent. Ils reconstruisent. La nef romane qu'on voit aujourd'hui date du XIe siècle, massive, sobre, coupée en deux depuis l'incendie de 1780 qui a détruit ses cinq premières travées. La tour de croisée du transept au XIIe siècle, chef-d'œuvre de granit rouge et de grès clair, élevée à la demande du duc Alain Fergent. Le chevet gothique rayonnant dans les dernières années du XIIIe siècle, pur comme une citation de l'Île-de-France dans le granit breton.
Puis le clocher. Commencé au début du XIVe siècle dans l'atelier qui travaillait simultanément à Guingamp, achevé vers 1340 à cinquante-sept mètres. Il était prévu d'en bâtir un second, les deux réunis par un portail monumental de quarante mètres de large. La façade n'a jamais été construite. Le clocher reste seul, désaxé, légèrement planté à l'écart de la nef, comme une question sans réponse posée au ciel breton.
Richelieu est abbé commendataire de Redon de 1622 à 1642. Il ne vient pas, mais son argent, ou plutôt celui des moines, finance le grand retable baroque du chœur. En 1780, l'incendie ampute la nef. En 1790, la Révolution expulse les sept derniers bénédictins. En 1799, les Chouans prennent la ville et se retranchent dans l'abbatiale pour combattre la garnison républicaine. Le bâtiment de Dieu devient forteresse, prison, école.
Aujourd'hui, le lycée Saint-Sauveur occupe les bâtiments conventuels. L'abbatiale est paroisse. Et le clocher solitaire attend toujours son jumeau.
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