Abbaye aux Dames
Abbaye

Abbaye aux Dames

Calvados, Normandie

À propos de ce lieu

La nef de l'Abbaye aux Dames porte la première voûte d'ogives construite en Normandie. Elle date de 1130. La cathédrale gothique n'existait pas encore. Cette abbaye romane, haut perchée sur son plateau dominant le confluent de l'Orne et de l'Odon, a précédé techniquement sa propre époque. Tout commence par un mariage interdit. Vers 1050, Guillaume, duc de Normandie, épouse Mathilde, fille du comte de Flandre. Le pape Léon IX y voit une union consanguine, les deux époux descendent de Rollon, et lance l'excommunication. L'archevêque de Rouen emboîte le pas. Pour obtenir le pardon de Rome, Guillaume et Mathilde s'engagent à fonder deux abbayes à Caen. Lui prend en charge l'abbaye aux Hommes. Elle, celle qui sera dédiée à la Sainte-Trinité. La pénitence devient fondation dynastique, et la fondation dynastique, une manœuvre politique : tenir la Basse-Normandie par la pierre et la prière. Les travaux commencent en 1062. Le 18 juin 1066, l'abbatiale est consacrée, encore inachevée, mais la date coïncide avec le rassemblement des barons normands à Caen pour préparer l'expédition en Angleterre. La dédicace et la conquête se chevauchent. Quatre mois plus tard, Hastings. En 1083, Mathilde meurt. Elle est inhumée dans le chœur de l'église qu'elle a fondée. Son tombeau repose sous une dalle de marbre noir de Tournai sur laquelle son épitaphe en latin dit qu'elle fut pauvre pour elle-même et riche pour les indigents. La dalle est toujours là. L'abbaye prospère pendant deux siècles. Elle accueille les filles des grandes familles normandes que les bénédictines éduquent. En 1562, les troupes protestantes de l'amiral de Coligny pillent le couvent, profanent les reliques, renversent le tombeau de la reine et brisent l'effigie qui le surmontait. Les restes de Mathilde sont recueillis et ré-inhumés. Le tombeau tient encore. Pendant les décennies suivantes, l'abbaye traverse la Ligue, la réforme spirituelle du XVIIe siècle sous l'abbesse Laurence de Budos, et les reconstructions du XVIIIe siècle, dont le cloître, resté inachevé à la Révolution, faute de fonds. Parmi les pensionnaires de cette école noble figure une certaine Charlotte Corday, descendante de Pierre Corneille, qui quitte les lieux quelques années avant d'assassiner Marat dans son bain le 13 juillet 1793. En 1792, les bénédictines fuient. L'église devient entrepôt de fourrage. Les bâtiments conventuel, caserne. Le XIXe siècle en fait un hospice. Le XXe siècle restaure. Depuis 1986, l'abbaye est le siège du Conseil régional de Normandie. Dans le chœur, sous la dalle noire, Mathilde de Flandre attend depuis neuf cent quarante ans.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

Place Reine Mathilde, 14000 Caen