
Abbaye
Abbaye Cistercienne Notre-Dame de Timadeuc
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Au bout d'une petite route qui s'enfonce dans le Pays des Rohan, à Bréhan, un mur d'enceinte surgit entre les champs. Derrière, on entend parfois les cloches. Timadeuc vit selon une règle qui n'a pas changé depuis douze siècles, et le monde autour continue de trouver cela étrange, ou apaisants, selon l'heure.
Le nom vient de la famille qui possédait le manoir avant les moines. Les Tymadeuc avaient une devise : Espoir en Dieu. C'est elle que les trappistes ont reprise en entrant dans les lieux, comme si le sol lui-même imposait une continuité. En 1840, le manoir appartient à une vieille comtesse, épuisée de le gérer, et dom Joseph Hercelin, abbé de La Trappe dans le Perche, lui-même originaire du diocèse de Vannes, le rachète pour un prix modique. L'acte de vente signé, trois hommes prennent la route en direction du Morbihan : un abbé, un diacre, un frère convers. Ils arrivent le 22 juillet 1841, à pied, avec un cheval et une carriole. La communauté de Timadeuc naît à trois.
Le manoir est alors très délabré. Les moines s'installent provisoirement dans le château voisin du Quengo, le temps de rendre les bâtisses habitables. Dès 1842, le chantier commence. Pour construire le prieuré, ils utilisent les pierres des ruines du château de Rohan, les restes d'une puissance seigneuriale qui finissent en murs de cloître. La première église sort de terre et est consacrée le 1er septembre 1846. En 1847, un rescrit pontifical élève le prieuré au rang d'abbaye.
Le XIXe siècle est celui de la construction. Le XXe est celui de l'épreuve. En 1895, la vieille église est détruite et une nouvelle de style néo-gothique la remplace, avec une pierre de fondation creuse contenant des médailles d'or et un cœur de plomb. En 1905, la loi de séparation menace l'existence de la communauté : douze moines partent en avance préparer l'exil au Canada. L'exil n'aura pas lieu. Puis vient la guerre. Sous l'autorité de Dom Dominique Nogues, l'abbaye de Timadeuc devient un nœud de la Résistance, aviateurs cachés, faux papiers fabriqués en cellule, dépôts d'armes dissimulés. Le père Gwenaël est arrêté et meurt en déportation. En 1946, l'abbaye reçoit la médaille de la Résistance française.
Aujourd'hui, les moines sont quelques dizaines. Ils se lèvent à quatre heures du matin pour le premier office, alternent prière et travail selon la règle de saint Benoît, affinent des fromages à pâte pressée dont la recette vient en droite ligne des moines de Port-du-Salut, fabriquent des pâtes de fruits à partir des pommes du verger. Plusieurs disques de chant grégorien ont été enregistrés dans l'église. Les visiteurs peuvent assister aux offices, sept par jour, du lever au coucher.
L'abbaye de Timadeuc n'est pas un vestige. C'est un lieu qui continue de fonctionner exactement comme prévu, dans un silence qui n'est pas du vide mais de la densité.
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