Abbaye de Bon-Repos
Abbaye

Abbaye de Bon-Repos

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Dans la vallée du Blavet, entre la forêt de Quénécan et les gorges de Daoulas, des murs de schiste se reflètent dans l'eau immobile du canal. L'abbaye de Bon-Repos est une ruine qui regarde passer les siècles sans se plaindre. Tout commence par un songe. Alain III de Rohan, épuisé après une journée de chasse en forêt, s'endort au bord du Blavet. La Vierge lui apparaît et lui montre un monastère s'élevant à cet endroit même, désigné comme son lieu de repos éternel. Le vicomte se réveille, achète le terrain, et signe la charte de fondation le 23 juin 1184, en présence de l'abbé de Clairvaux. Ce même jour, un abbé et douze moines cisterciens arrivent de l'abbaye de Savigny pour prendre possession des lieux. Treize en tout, comme les apôtres. La règle exige l'isolement, la pauvreté, le travail manuel. Le site est parfait : bois abondant, eau vive, loin de tout. Ce que les Rohan ont fondé là, c'est moins un monastère qu'une nécropole dynastique. Treize générations de vicomtes seront inhumées dans l'église abbatiale, de 1196 à 1596. Pour cette raison, Bon-Repos est surnommé le « Saint-Denis breton ». La puissance de la famille se lit dans les droits accordés aux moines : haute justice, juridiction propre, prison, sénéchal, notaires, sceau, pêcheries du Blavet. On est loin de l'idéal originel de pauvreté. La prospérité dure jusqu'à ce que la commende la dévore. En 1516, François Ier impose le système des abbés commendataires : désormais nommés par le roi, ils ne résident pas dans les murs, perçoivent les revenus, et laissent le prieur gérer la décrépitude. L'abbaye s'étiole deux siècles durant. En 1683, l'abbé de Saint-Geniès décide de rebâtir entièrement le site pour en faire son palais. Trente ans de travaux pour une demeure aristocratique, avec façades à frontons, ailes symétriques et cloître reconstruit. L'église médiévale, elle, n'est pas restaurée, elle se dégrade en silence. La Révolution arrive en 1791 et vend l'abbaye comme bien national. Le citoyen Julien Le Bris en fait une manufacture de chemises de lin. En 1795, les Chouans pillent et occupent les bâtiments jusqu'en 1800. En 1832, les ouvriers qui creusent le canal de Nantes à Brest dorment dans ce qui reste des cellules. Puis le silence. Cent cinquante ans d'abandon. Les toitures s'effondrent, les herbes gagnent le cloître, les pierres se disloquent. Un soir de 1986, un groupe d'amis passe devant les ruines et décide de revenir le lendemain avec des outils. Ils créent l'association des Compagnons de l'Abbaye de Bon-Repos et commencent, bénévolement, à déblayer, consolider, restaurer. Aujourd'hui encore, les murs portent les cicatrices de tout ce qu'ils ont traversé, et c'est précisément ce qui les rend inoubliables. Quand la nuit tombe en été et que les projecteurs habillent les façades de lumière, l'abbaye ressemble à ce qu'elle n'a jamais tout à fait cessé d'être : un lieu où les morts et les vivants se retrouvent.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

Bon Repos, 22570 Bon Repos sur Blavet