Abbaye de Gellone
Abbaye

Abbaye de Gellone

Hérault, Occitanie

À propos de ce lieu

Un homme qui a conquis Barcelone et combattu les Sarrasins pendant trente ans a choisi de mourir dans ce vallon perdu des gorges de l'Hérault, sous l'habit d'un simple moine. Guilhèm de Gellone — Guillaume en occitan — est cousin de Charlemagne, comte de Toulouse, duc d'Aquitaine, marquis de Septimanie. Il passe les premières décennies de sa vie à tenir les frontières du royaume franc, à repousser les armées musulmanes d'Espagne, à administrer l'Aquitaine aux côtés du jeune Louis, futur Louis le Pieux qui n'a que douze ans quand Guilhèm le prend en tutelle. En 803, la prise de Barcelone marque le sommet de cette carrière. Et son dernier fait d'armes. L'année suivante, Guilhèm fait ses adieux à la cour. Charlemagne lui remet alors ce qu'il possède de plus précieux : un fragment de la Vraie Croix que le patriarche de Jérusalem lui avait lui-même offert en l'an 800. Guilhèm emporte la relique dans le val de Gellone, au bout d'une gorge de calcaire cernée de falaises, et fonde une abbaye. Il s'y retire en 806. Il y meurt le 28 mai 812, enterré dans la partie occidentale de l'église, près de sa cellule. Le lieu reste obscur pendant deux siècles. Puis, vers l'an mil, les moines transfèrent la tombe sous le chœur pour accueillir les foules croissantes. En 1066, le pape Alexandre II canonise Guilhèm. Sa dépouille devient relique, son abbaye devient sanctuaire. Les pèlerins de la voie d'Arles — l'un des quatre grands chemins de Compostelle — détournent leur route pour venir toucher le sarcophage et s'approcher du fragment de la Croix, toujours visible dans la crypte. Au XIIe siècle apparaissent les chansons de geste de Guillaume d'Orange, qui greffent sur le guerrier historique un personnage de légende : batailles contre des géants, conquêtes épiques, amours perdues. Ce Guillaume de fiction, qui n'a presque rien à voir avec l'homme enterré à Gellone, double la notoriété de l'abbaye réelle. Les pèlerins arrivent de plus en plus nombreux. À son apogée, une centaine de moines peuplent l'abbaye. Le cloître est l'un des plus beaux du Languedoc roman — colonnettes géminées, chapiteaux sculptés de feuillages et de figures, polychromie de marbre rosé. En 1568, les protestants brisent le tombeau de Guilhèm. En 1791, les moines partent. L'abbaye devient carrière. En 1906, un collectionneur américain, George Grey Barnard, rachète l'étage entier du cloître, l'expédie aux États-Unis, et le revend au Metropolitan Museum de New York. Les sculptures médiévales de Gellone sont aujourd'hui exposées dans le musée des Cloisters, au bout de Manhattan. Ce qui reste du cloître à Saint-Guilhem n'est qu'une moitié. La relique de la Vraie Croix, elle, n'a jamais bougé.

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Informations pratiques

Localisation

Pl. de la Liberté, 34150 Saint-Guilhem-le-Désert