Abbaye de Lérins
Abbaye

Abbaye de Lérins

Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte d'Azur

À propos de ce lieu

À deux kilomètres des palaces de Cannes, une île de vingt-cinq hectares résiste depuis seize siècles à tout ce que la Méditerranée lui a envoyé. Des pirates. Des armées. L'abandon. Un siècle de vente comme bien national. Et pourtant les moines sont encore là, et les vignes aussi. Honorat arrive vers 410. L'île que les Romains appellent Lerina est inhabitée, dit-on infestée de serpents. Honorat vient chercher la solitude, mais des disciples le suivent et une communauté se forme autour de lui — l'une des premières installations monastiques de tout l'Occident. L'influence de Lérins se répand très vite. Au Ve et VIe siècles, l'île forme des évêques pour toute la Provence, et au-delà. La tradition veut que saint Patrick ait étudié ici quelques années avant de traverser la Manche pour évangéliser l'Irlande. La Règle des Quatre Pères, première règle monastique jamais rédigée en Gaule, naît entre ces murs. Mais Lérins est aussi une île, et les îles ne se défendent pas facilement. En 732, après leur défaite à Poitiers, les Sarrasins se replient sur la Provence et prennent l'abbaye d'assaut. L'abbé saint Porcaire et cinq cents membres de la communauté sont massacrés sur place. Un seul survivant, saint Élenthère, reconstruit le monastère sur les ruines. En 1047, de nouveaux pirates sarrasins enlèvent les moines les plus jeunes et les vendent en Espagne — ils seront rachetés. Après cette deuxième catastrophe, l'abbé Aldebert fait construire en 1073 une tour fortifiée sur une avancée rocheuse au sud de l'île, directement au-dessus de la mer. La porte est placée à quatre mètres du sol, accessible seulement par une échelle amovible. Les colonnettes de marbre blanc du cloître supérieur ont été offertes par Gênes en réparation d'un pillage commis en 1400. En 1788, il ne reste que quatre moines. La Commission royale des réguliers sécularise l'abbaye. En 1791, l'île est vendue comme bien national. Elle sert successivement de prison pour prêtres réfractaires et de résidence privée. En 1859, l'évêque de Fréjus la rachète et y installe en 1869 une communauté cistercienne venue de Sénanque. Ce sont leurs successeurs qui habitent encore l'île aujourd'hui — vingt et un moines, un vignoble de huit hectares, et un vin servi à l'Élysée et à l'Assemblée nationale. L'île mesure un kilomètre et demi. Elle n'a pas de voitures. Les cloches sonnent aux heures canoniales depuis seize siècles. La tour fortifiée regarde toujours la mer.

Tags

abbayemédiévalmaritime

Informations pratiques

Localisation

Île Saint-Honorat, 06400 Cannes