Abbaye de Murbach
Abbaye

Abbaye de Murbach

Haut-Rhin, Grand est

À propos de ce lieu

En 1417, un humaniste florentin nommé Poggio Bracciolini fouille les bibliothèques des abbayes rhénanes à la recherche de manuscrits antiques oubliés. Dans la bibliothèque de Murbach, il met la main sur un exemplaire complet du De rerum natura de Lucrèce, le seul qui existait encore au monde. Ce poème atomiste, écrit un siècle avant notre ère, avait disparu de la circulation depuis mille ans. Poggio le copie et l'envoie à Florence. Le manuscrit original disparaît à la Révolution. Le texte de Lucrèce, lui, influencera Montaigne, Galilée, Thomas Jefferson et Darwin. Cette anecdote dit tout de Murbach. Une abbaye au fond d'un vallon perdu des Vosges, entre le Grand Ballon et la forêt, qui pesait autant que certains royaumes. Fondée en 727 par le comte Eberhard, neveu de sainte Odile de Hohenbourg, avec l'aide du moine Pirmin, l'abbaye reçoit dès sa création l'immunité royale, le droit d'élire librement son abbé, et la protection directe du pape et de l'empereur. Elle est placée sous le vocable de saint Léger, évêque d'Autun martyrisé en 678, cousin en ligne maternelle du fondateur. Les dons affluent de toute l'Europe. En moins d'un siècle, Murbach possède des terres dans 350 localités, jusqu'à Lucerne en Suisse. Sa bibliothèque compte 350 volumes au IXe siècle, la plus riche de la vallée rhénane. Charlemagne, après avoir prélevé son abbé pour en faire évêque d'Augsbourg, prend lui-même le titre d'abbé laïc de Murbach pendant un an. Le 4 juillet 926, les Hongrois pillent la vallée. Sept moines sont massacrés au lieu-dit Mordfeld, le champ du meurtre, au pied du Grand Ballon. Ils sont immédiatement vénérés comme martyrs dans toute l'Alsace. Leurs sarcophages sont encore dans l'abbatiale. En 1228, l'empereur Frédéric II élève les abbés au rang de princes du Saint-Empire. Murbach devient une principauté ecclésiastique. Charles Quint accordera le droit de battre monnaie. Pendant un siècle et vingt-deux ans, des pièces frappées du blason de l'abbaye, un lévrier noir rampant,circulent dans la région. Le proverbe court dans les tavernes : "L'abbaye de Murbach possède un chien noir qui en a déjà beaucoup mordus." Le déclin s'amorce avec la commende, les guerres de religion, les saccages de 1625 et 1640. En 1738, les derniers religieux démolissent la nef romane pour construire un édifice baroque qui ne verra jamais le jour. Il ne reste que le chevet et le transept à double tour, un torse de cathédrale posé dans la forêt, en grès rose des Vosges. En 1764, dix moines ferment les portes derrière eux. Personne ne reviendra. Les deux tours se dressent toujours dans le vallon solitaire, sous les hêtres.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

1 Rue de l'Église, 68530 Murbach