
Abbaye
Abbaye de Rhuys
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
À l'extrémité de la presqu'île de Rhuys, face au golfe du Morbihan, une abbatiale romane se dresse dans un bourg que tout le monde connaît pour ses plages et que personne ne soupçonne d'abriter l'un des destins les plus tourmentés du Moyen Âge.
Tout commence en 536. Un moine venu de Grande-Bretagne, Gildas, surnommé le Sage, débarque sur cette presqu'île bretonne à la demande du comte de Vannes et y fonde un monastère. Il y meurt en 565. Son corps y repose, ses reliques font la fortune du lieu, et l'abbaye qui porte son nom devient, pendant des siècles, l'un des centres spirituels de la Bretagne occidentale. Puis les Normands arrivent. En 919, les moines fuient en emportant les reliques, laissant les murs aux flammes. L'abbaye s'effondre dans l'oubli.
Elle renaît en 1008, quand le duc de Bretagne Geoffroy Ier fait appel à des moines de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire pour tout reconstruire. Le moine Félix dirige les travaux. Ce qu'il élève est solide, élégant, roman, le chœur et le déambulatoire qui subsistent aujourd'hui sont l'exact témoignage de cette reconstruction achevée en 1032. Ils constituent l'un des plus rares exemples d'art roman en Bretagne.
Puis vient le personnage le plus improbable de cette histoire. En 1125, les moines de Rhuys, cherchant un abbé de prestige pour redresser une communauté en crise, font appel à Pierre Abélard, le philosophe le plus célèbre d'Europe, l'homme qui a révolutionné la théologie scolastique, et qui traîne depuis sa mutilation de 1117 une réputation sulfureuse et une âme en morceaux. Abélard arrive dans ce bout du monde breton et ne cache pas sa désolation. Il écrit à Héloïse que ses promenades sont les bords inaccessibles d'une mer agitée, que les portes de l'abbaye ne sont ornées que de dépouilles de bêtes sauvages, cerfs, ours, sangliers, que ses moines ne respectent aucune règle et entretiennent ouvertement femmes et enfants. Il tente d'imposer la discipline. Les moines résistent. Certains vont plus loin : ils lui tendent des embuscades, postent des brigands, glissent du poison dans son verre. Il s'en tire de justesse et s'enfuit en 1132. Il reste de lui, dans le bourg, le nom d'une petite rue.
L'abbaye survit à ses abbés difficiles, au régime de la commende qui la laisse pourrir à partir de 1506, à la foudre qui foudroie le clocher en 1668 et effondre la nef. Les mauristes reconstruisent au XVIIIe siècle dans un style néo-classique qui contraste avec la rigueur romane du chœur médiéval. La Révolution chasse les derniers moines. Le domaine est vendu. Un négociant lorientais rachète l'abbatiale et l'offre à la commune en 1804 pour qu'elle devienne église paroissiale.
Aujourd'hui, le chœur roman du XIe siècle abrite toujours les reliques de saint Gildas, enfermées dans des châsses d'orfèvrerie médiévale. Quinze siècles ont passé sur ces pierres. Abélard est parti depuis longtemps mais le golfe, lui, n'a pas changé.
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Informations pratiques
Localisation
Place Monseigneur Ropert, 56730 Saint-Gildas-de-Rhuys


