
Abbaye
Abbaye de Royaumont
Val-d'Oise, Île-de-France
À propos de ce lieu
Saint Louis portait des pierres. Quatorze ans quand il signe l'acte de fondation de l'abbaye en 1228, il suit le chantier de si près qu'il transporte lui-même des blocs de taille et du mortier avec les ouvriers. Il consacre jusqu'aux deux tiers des revenus annuels de son royaume à cette construction. Sept ans plus tard, en 1235, Royaumont est achevée, la plus grande abbaye cistercienne d'Île-de-France.
Le roi y revient dix-neuf fois. Il partage la vie des moines, leur sert la table, leur lave les pieds. Il soigne de ses propres mains les frères malades, dont un lépreux. Il fait inhumer ici son frère Jean et trois de ses enfants morts prématurément, la fondation porte ses deuils autant que sa foi. À sa mort, l'abbaye reçoit un tiers de la bibliothèque royale. C'est ce trésor de manuscrits qui permet à un moine installé dans ces murs, Vincent de Beauvais, de rédiger le Speculum Maius, l'encyclopédie médiévale la plus ambitieuse jamais composée, synthèse de tout le savoir de son temps. Elle restera la plus grande source de connaissance du monde occidental jusqu'au XVIIIe siècle.
Après les Capétiens, la commende, le déclin. Les abbés commendataires nommés par le pouvoir royal tirent profit du lieu sans y vivre. Le dernier, habitué de Versailles, fait construire un palais néoclassique dans l'enceinte pour mieux y recevoir. Dix moines restent quand éclate la Révolution.
L'abbaye est vendue comme bien national. Un industriel l'acquiert et démantèle l'église abbatiale pierre par pierre, cent six mètres de long, vingt-huit mètres de hauteur sous voûte, pour en faire des logements ouvriers et une filature de coton. Il ne reste d'elle qu'une tourelle d'escalier. Les autres bâtiments deviennent la plus grande filature textile de la région.
En décembre 1914, Édouard Goüin, propriétaire des lieux, cède les bâtiments à la Croix-Rouge écossaise. L'abbaye devient hôpital de guerre. Corps médical et personnel entièrement féminins, des suffragettes militantes venues d'Écosse, soignant les blessés du front jusqu'en 1919.
Après la guerre, la famille Goüin ouvre l'abbaye aux artistes et aux intellectuels. François Jacob, Jacques Monod et Edgar Morin y tiennent des séminaires dans les années 1970. La Fondation Royaumont, créée en 1964, gère toujours les lieux.
L'église a disparu. Le cloître, le réfectoire et ses carrelages médiévaux, les canaux creusés par les moines pour irriguer le domaine, tout cela est encore là, intact, à trente kilomètres de Paris.
Tags
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Informations pratiques
Localisation
3 Jard de l’abbaye de Royaumont, 95270 Asnières-sur-Oise


