Abbaye de Saint-Antoine
Abbaye

Abbaye de Saint-Antoine

Isère, Auvergne-Rhône-Alpes

À propos de ce lieu

Dans un hameau du Dauphiné, entre Vercors et vallée de l'Isère, tout commence par un champignon. Un champignon parasite du seigle, l'ergot, que personne au Moyen Âge ne sait identifier, et qui provoque en Europe des épidémies de masse : convulsions, hallucinations proches de la folie, sensations d'être brûlé vif, membres gangrenés qui se dessèchent et se détachent seuls du corps — sans hémorragie, sans prévenir. On appelle ce fléau le Mal des Ardents. Ses victimes, par dizaines de milliers, n'ont nulle part où aller. En 1074, Jocelin de Châteauneuf, seigneur du Dauphiné, revient de Terre sainte avec des reliques d'Antoine l'Ermite d'Égypte — ce père du désert qui, selon la tradition, avait lui-même résisté aux feux de la tentation. Il les dépose dans une chapelle à la Motte-aux-Bois. Le bruit court que ces ossements guérissent le Feu sacré. Les malades arrivent. Certains meurent en chemin. En 1089, un jeune noble, Guérin de Valloire, atteint du mal, fait vœu de se consacrer aux malades s'il en réchappe. Il en réchappe. Avec son père, il fonde une communauté, une Maison de l'Aumône, un hôpital — les premiers d'un réseau qui va couvrir l'Europe entière. Ce que les Antonins ne savent pas, c'est que leur traitement fonctionne. Ils donnent aux malades du bon pain de froment, non contaminé par l'ergot. Ils leur administrent le Saint-Vinage — un vin local dans lequel les reliques ont macéré, additionné de plantes médicinales, béni à l'Ascension. Ils les logent, les lavent, changent leur alimentation. Les malades guérissent et attribuent leur rémission à l'intercession du saint. L'ordre se développe. Le pape Boniface VIII l'érige en abbaye chef-d'ordre en 1297. À son apogée, l'ordre des Antonins compte plus de trois cent soixante-dix commanderies et hôpitaux, de l'Islande aux ports de la Méditerranée orientale — tout cela parti d'un hameau de cinq cents habitants en Isère. L'église abbatiale, commencée en pierre en 1119 et consacrée par le pape Calixte II lui-même, monte pendant deux siècles. Façade gothique flamboyante, dix-sept chapelles intérieures, stalles de noyer, peintures murales. Prosper Mérimée la classe en 1840, dans la première liste des monuments historiques de France. Dans les sacristies aux boiseries de chêne de Hongrie, le trésor de l'ordre a survécu : reliquaires, instruments de chirurgie médiévaux, vêtements liturgiques rangés dans un meuble rotatif à compartiments — chapier rarissime — et l'un des plus grands reliquaires de France. Les guerres de Religion pillent l'abbaye. La culture du blé supplante le seigle au XVIIIe siècle, effaçant lentement la maladie. En 1775, l'ordre est absorbé par celui de Malte — sept siècles d'existence fondés sur un champignon et une erreur de diagnostic. Le village n'a pas bougé. Les malades ne viennent plus. Mais le trésor est toujours là.

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Informations pratiques

Localisation

Pl. de l'Abbaye, 38160 St Antoine l'Abbaye