Abbaye de Vaucelles
Abbaye

Abbaye de Vaucelles

Nord, Hauts-de-France

À propos de ce lieu

Dans la vallée de l'Escaut, à treize kilomètres au sud-ouest de Cambrai, il ne reste presque rien de ce qui fut la plus grande église cistercienne d'Europe. Des rangées de lavandes marquent au sol le contour de la nef disparue — cent trente-sept mètres de longueur, soixante-quatre mètres de transept. Un fantôme de pierre et de fleurs violettes. Le 1er août 1132, Bernard de Clairvaux pose lui-même la première pierre. C'est sa treizième fondation. Les cisterciens suivent une règle de dépouillement absolu — pas de clocher dominant, pas de tympan sculpté, pas d'ornement qui distrairait l'âme de Dieu. Mais Vaucelles échappe à la sobriété convenue. Quand les moines reconstruisent l'église abbatiale à partir de 1190, ils inventent un plan de chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes discontinues qui n'existe nulle part ailleurs dans tout l'ordre cistercien. La singularité est telle que Villard de Honnecourt — le même architecte dessinateur qui a dit des tours de Laon qu'elles étaient les plus belles du monde — prend la peine de le croquer dans son carnet de voyages vers 1215. Un chœur cistercien jugé digne d'être mémorisé par le plus grand observateur de son temps. L'abbaye prospère à une vitesse vertigineuse. À la mort de Bernard en 1153, elle compte déjà cent trois moines et trois cents convers. En 1257, saint Louis lui confie une épine de la Couronne du Christ. Sa bibliothèque atteint quarante mille volumes. Son mur d'enceinte mesure sept kilomètres de circonférence. Elle possède trois mille hectares de terres dans un rayon de deux cents kilomètres. Les rois et les empereurs font le détour. En 1529, Louise de Savoie, mère de François Ier, s'y arrête avant d'aller signer la Paix des Dames à Cambrai. En 1556, c'est dans ses murs que Henri II et Charles Quint concluent la trêve qui porte son nom — une trêve de cinq ans entre les deux puissances les plus redoutables d'Europe, rompue avant même d'avoir été honorée. En 1790, les derniers moines partent. La Révolution vend le site, les carriers s'installent. L'église, les cloîtres, le réfectoire, les cuisines disparaissent pierre à pierre. Un atelier de filature s'installe dans l'aile des moines. La Grande Guerre achève ce que la Révolution avait commencé. En 1971, une famille rachète les ruines et commence à restaurer ce qui peut l'être encore. La salle capitulaire — la plus vaste d'Europe — a survécu. Le bâtiment claustral du XIIe siècle aussi. Les lavandes fleurissent chaque été là où priaient les moines. C'est la seule nef qui reste.

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Informations pratiques

Localisation

Ham. de Vaucelles, 59258 Les Rues-des-Vignes