
Abbaye
Abbaye du Thoronet
Var, Provence-Alpes-Côte d'Azur
À propos de ce lieu
Dans la forêt des Maures, au fond d'un vallon que rien ne signale depuis la route, une abbaye surgit entre les chênes avec la brutalité d'une évidence. Pas d'ornement. Pas d'excès. La pierre nue, taillée, posée parfaitement — et une réverbération de treize secondes qui fait de chaque son une architecture à part entière.
L'abbaye du Thoronet est fondée en 1146 quand douze moines venus de Tourtour descendent vers ce fond de vallée où l'eau est présente. Ils choisissent le site non pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il permet d'être : isolé, austère, suffisant. La construction commence en 1160 et s'achève en trente ans. Trente à quarante mille mètres cubes de pierre extraits à même les carrières ouvertes au chevet de l'église. Pas de mortier apparent sur les parements extérieurs — les blocs s'assemblent par la seule précision de leur taille. L'UNESCO, dans son inscription de l'abbaye de Fontenay au patrimoine mondial, qualifie le Thoronet de plus parfait exemple de l'architecture cistercienne dans le monde entier.
L'abbaye doit beaucoup à l'abbé Foulques, mort en 1231. Foulques avait d'abord été troubadour — un poète de cour, chantre de l'amour courtois — avant de se convertir et de finir abbé du Thoronet, puis évêque de Toulouse. La même voix qui avait célébré les dames allait ordonner en silence le service de Dieu dans ces murs sans image.
Le déclin vient tôt. En 1660, un prieur note que les bâtiments sont en piteux état. En 1791, les six derniers moines quittent les lieux. Des particuliers achètent l'abbaye, installent des étables, des granges. La pierre qui avait conçu un chant parfait sert à abriter des bêtes. En 1840, Prosper Mérimée classe l'ensemble sur la première liste des monuments historiques de France. La restauration commence en 1841.
En 1953, Le Corbusier visite. Il écrit dans ses carnets que la pierre y est amie de l'homme, que la netteté des arêtes dit pierre et non marbre, et que pierre est un mot bien plus beau. Il conçoit ensuite le couvent de la Tourette en s'inspirant directement de ce qu'il vient de voir. En 1964, l'architecte Fernand Pouillon rédige en prison Les Pierres sauvages — le journal apocryphe du maître d'œuvre cistercien du XIIe siècle. C'est depuis une cellule qu'il imagine la liberté de ces murs.
La nef résonne encore treize secondes après le dernier son. Le silence qui vient ensuite est de la même nature que l'abbaye elle-même.
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