
Abbaye
Abbaye Notre-Dame de Barbery
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Robert Marmion, fondateur de l'abbaye, est mort en 1143 dans l'abbaye de Coventry en Angleterre. Son corps n'a pas été rapatrié entier. Une partie de ses restes repose en Angleterre, l'autre partie dans la salle capitulaire de Barbery. Un homme partagé entre deux royaumes, même dans la mort.
L'abbaye Notre-Dame de Barbery s'installe dans un vallon normand, à l'orée d'une forêt, à vingt kilomètres au sud de Caen. Robert Marmion, seigneur de la baronnie de Fontenay-le-Marmion, fait don en 1140 de toutes ses terres à l'abbaye de Savigny pour qu'elle fonde une nouvelle maison, la dix-huitième abbaye fille de Savigny. Mais il meurt avant d'avoir achevé la donation. Son fils du même nom la complète en 1176. Le vallon accueille les premiers moines. L'église abbatiale n'est dédicacée qu'en 1247, sous l'abbatiat de Philippe Ier, un siècle après les premières donations. Les cisterciens avancent à leur rythme.
Au XIIIe siècle, un moine anonyme qui prendra le nom de Gervais de Barbery écrit dans ce vallon un bestiaire rimé de mille deux cent quatre-vingts vers. Il y décrit successivement vingt-neuf bêtes, réelles ou fantastiques, en leur donnant une signification morale et spirituelle. Il n'existe aujourd'hui qu'un seul exemplaire connu de ce texte, daté de la seconde moitié du XIIIe siècle. Une œuvre entière survivant par un unique manuscrit.
En 1563, les calvinistes pillent l'abbaye. Le régime de la commende s'installe, des abbés nommés par le roi, souvent absents, qui perçoivent les revenus sans jamais résider. L'abbaye s'enfonce dans le déclin. Il faut attendre 1639 et l'arrivée de Dom Louis Quinet, confesseur du cardinal de Richelieu, ancien prieur de Royaumont, docteur en théologie, pour que les lieux reprennent vie. Il y introduit la réforme de l'étroite observance, règle sévère, inspirée de la Trappe. Dès lors, Barbery sera pendant un siècle et demi réputée aussi rigoureuse que l'abbaye de la Trappe elle-même. Une rigueur extrême dans un vallon oublié.
En 1791, l'abbaye est vendue comme bien national. Elle est progressivement rasée. De l'église abbatiale, du cloître, de la quasi-totalité des bâtiments, rien ou presque ne subsiste. Les deux éléments qui ont survécu sont le bâtiment des hôtes du XIIIe siècle et la porterie du XVIIIe. Le premier est l'un des rares bâtiments d'accueil cisterciens conservés de toute la Normandie. L'enclos abbatial existe encore dans ses limites d'origine. Sous les prairies, les fondations du carré claustral ont pu être reconstituées par les archéologues sans qu'il soit nécessaire de creuser.
Des murs en lisière de forêt, la rumeur d'un ruisseau, l'espace exact d'un monde disparu.
Barbery existe encore dans ses contours. L'abbaye, elle, vit dans les archives et dans l'unique manuscrit du bestiaire de Gervais.
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