
Abbaye
Abbaye Notre-Dame de Blanche Couronne
Loire-Atlantique, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
À deux kilomètres au sud du bourg de La Chapelle-Launay, entre le sillon de Bretagne et l'estuaire de la Loire, un ensemble monastique du XIIe siècle se tient dans une plaine à demi sauvage, presque invisible depuis la route. Son nom sonne comme une énigme : Blanche Couronne. Il désignait peut-être la Vierge, peut-être la blancheur des habits cisterciens, peut-être autre chose. L'abbaye n'a jamais vraiment livré son secret.
Les origines sont incertaines, ce qui est déjà une forme de mystère. La fondation remonte aux alentours de 1160, portée par les grandes familles du pays, Rochefort, Pontchâteau, Roche-Bernard. Seize moines sont venus de l'abbaye de la Grainetière en Vendée pour s'installer ici, le long de l'ancienne voie romaine. Ils vivent des ressources des marais de la Loire, de l'agriculture, de salines données par les seigneurs voisins. En 1234, le pape Grégoire IX prend personnellement l'abbaye sous la protection du Saint-Siège. C'est une reconnaissance rare, un signe de l'importance de ce lieu discret planté dans une plaine anonyme.
Au XVIe siècle, l'abbaye entre en commende. Des cardinaux se succèdent comme abbés, le cardinal de Mâcon, le cardinal de Lorraine, Jean de Lorraine alors titulaire d'une douzaine d'évêchés et d'innombrables monastères. Sur la façade sud, le blason sculpté de Jean Briçonnet, vice-chancelier de Bretagne et premier abbé commendataire, est encore visible aujourd'hui. Au XVIIIe siècle, les bénédictins de Saint-Maur reprennent le flambeau, reconstruisent une partie des bâtiments, réparent la chapelle, puis abandonnent. En 1774, les quatre derniers moines quittent Blanche Couronne pour le prieuré de Pirmil, près de Nantes. L'abbaye se vide.
La Révolution en fait un bien national. Elle est vendue en 1791 pour cent vingt mille francs. Pillée par l'armée vendéenne, ses bois servent de refuge en décembre 1793 aux derniers survivants de la bataille de Savenay, l'affrontement qui met fin à la guerre de Vendée, des hommes, des femmes, des enfants qui se cachent là où les moines avaient prié.
En 1841, le domaine passe à la famille Lecadre puis aux Toulmouche. Auguste Toulmouche est un peintre portraitiste nantais. Sa femme Marie en fait un foyer culturel vivant, on y croise le poète parnassien José Maria de Hérédia, cousin du peintre, le peintre Élie Delaunay, l'armateur Thomas Dobrée. C'est à cette époque que datent les peintures murales de la salle à manger, sur le thème des quatre saisons. Quelqu'un a transformé une abbaye en salon d'artistes.
En 1922, le département achète et reconvertit l'ensemble en hospice d'aliénés pendant sept ans. Puis vient l'Occupation allemande, puis des réfugiés de Saint-Nazaire bombardée, puis un dépôt de kérosène de l'OTAN à quelques mètres des murs.
Classée monument historique en 1994, récupérée par le département en 2019 pour un euro symbolique, Blanche Couronne sort enfin de l'oubli.
Les colonnes du XIIe siècle attendent toujours qu'on les regarde vraiment.
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