
Abbaye
Abbaye Royale de Fontevraud
Maine-et-Loire, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
Ici reposent un roi d'Angleterre, sa femme la plus puissante reine du monde médiéval, et leur fils guerrier mort d'une flèche dans l'épaule. Mais ce qui rend Fontevraud vraiment singulier, c'est autre chose : pendant sept cents ans, c'est une femme qui commandait ici — aux hommes comme aux femmes, aux moines comme aux moniales. Une abbesse. Toujours une abbesse.
Tout commence en 1101. Robert d'Arbrissel est un prédicateur breton errant, figure scandaleuse de son époque, qui pratique la cohabitation chaste entre hommes et femmes pour mieux surmonter la tentation. La foule le suit. Des nobles, des pécheresses, des lépreux, des moines. Il cherche un désert où installer tout ce monde. Il trouve un vallon aride planté de buissons épineux, aux confins de l'Anjou, du Poitou et de la Touraine. Il y fonde une abbaye divisée en quatre maisons — contemplatives, converses, moines, lépreux — et en confie la direction à une femme, Pétronille de Chemillé. La hiérarchie ecclésiastique se fâche. Il s'en moque. À sa mort, en 1116, l'ordre compte trente-cinq prieurés. À la fin du siècle : une centaine, de l'Espagne à l'Angleterre.
Les Plantagenêts, eux, adorent l'endroit. Henri II d'Angleterre y confie ses deux plus jeunes enfants, Jeanne et Jean, qui seront élevés par les moniales. Quand Henri meurt à Chinon en 1189 — brisé, trahi par ses fils, humilié —, on l'enterre en hâte à Fontevraud. Sa femme Aliénor d'Aquitaine, qui a gouverné deux royaumes, divorcé d'un roi de France pour en épouser un autre, été emprisonné quinze ans par ce même mari, survit à tout le monde. C'est elle qui choisit Fontevraud comme nécropole dynastique. Son fils Richard Cœur de Lion y rejoint son père en 1199. Aliénor elle-même s'y couche en 1204, à plus de quatre-vingts ans. Leurs quatre gisants polychromes sont toujours là, dans la nef de l'abbatiale, allongés dans la pierre peinte, les mains jointes, les yeux ouverts.
Au XVIe siècle, cinq abbesses issues de la maison de Bourbon se succèdent pendant près de cent cinquante ans. L'une d'elles, Gabrielle de Rochechouart de Mortemart — sœur de Madame de Montespan, la favorite de Louis XIV —, est surnommée la perle des abbesses. Elle reçoit écrivains et philosophes entre ces murs.
En 1792, la Révolution chasse les religieuses. En 1804, Napoléon transforme l'abbaye en maison centrale. Les nefs sont cloisonnées sur deux niveaux pour loger jusqu'à deux mille détenus. Ateliers, manufactures, cellules dans les cloîtres. Fontevraud devient l'une des prisons les plus dures de France. Elle ne ferme qu'en 1963.
Dans la nef de l'abbatiale où dormaient les rois d'Angleterre, il y avait encore des barreaux aux fenêtres il y a soixante ans. Les gisants regardaient le plafond. Ils regardent toujours.
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Informations pratiques
Localisation
Abbaye Royale de Fontevraud, Pl. des Plantagenets, 49590 Fontevraud-l'Abbaye


