Abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer
Abbaye

Abbaye Saint-Bertin de Saint-Omer

Pas-de-Calais, Hauts-de-France

À propos de ce lieu

Dans un parc de Saint-Omer, des pans de mur gothique se dressent en plein ciel ouvert, sans toit, sans cloître, sans nef. Une abbaye bénédictine fondée en 651 — et dont il ne reste, après treize siècles, que des fantômes de pierre que même Victor Hugo n'a pas pu sauver. Tout commence avec trois moines. Bertin, Mommelin et Ebertram arrivent sur une île en bordure de marais pour aider l'évêque Omer à christianiser la région. Ils posent les premières pierres d'un monastère, futur berceau de la ville entière. L'abbaye prend le nom du plus tenace d'entre eux. Elle devient rapidement l'une des trois puissances bénédictines les plus redoutables au nord de Paris, avec Saint-Vaast d'Arras et Saint-Amand — une bibliothèque de rang européen, des relations épistolaires avec Thomas Becket et Érasme, des abbés mécènes commandant à des ateliers florentins. Mais ce qui rend Saint-Bertin unique dans toute l'histoire de France, c'est un prisonnier. En 737, Charles Martel fait enfermer ici un homme dont il n'a plus besoin : Childéric III, héritier des Mérovingiens. Trop dangereux pour régner, trop royal pour être tué. Pendant sept ans, pendant que le trône reste officiellement vacant, le dernier roi de la première dynastiee de France attend dans ces murs. Pépin le Bref finit par le rappeler en 743 — non pour le libérer, mais pour l'utiliser comme façade. En 751, l'usage prend fin. On lui tond les cheveux longs, symbole sacré de la royauté franque, et on le ramène à Saint-Bertin pour mourir. Il s'éteint vers 755. Les fouilles du XIXe siècle ont retrouvé ses os quelque part dans le cloître — sans jamais pouvoir identifier sa tombe. L'abbaye traverse les siècles suivants comme une capitale discrète. Les comtes de Flandre s'y font enterrer. Philippe le Bon, François Ier, Louis XIV y logent dans un quartier des princes construit à cet effet. L'abbé Guillaume Fillastre, chancelier de l'ordre de la Toison d'Or, fait construire la tour qui couronne l'ensemble au XVe siècle — un chantier commencé au XIIIe siècle, achevé en 1520. Cinq chapelles. Vingt-cinq mètres de hauteur. Quarante-huit mètres de clocher. En 1791, les moines sont expulsés. En 1792, les cloches sont brisées. En 1811, la ville rachète les ruines. En 1830, elle ordonne la démolition — les pierres de la nef serviront à construire le nouvel hôtel de ville. La tour, épargnée, tient bon un siècle de plus, consolidée tant bien que mal. Un obus allemand frappe en 1944. Elle s'effondre en 1947. Aujourd'hui, des charmes palissés indiquent où se trouvait le cloître. Des bordures d'herbe tracent au sol le plan de l'église disparue. La tombe du dernier Mérovingien est quelque part là-dessous, sans nom, sans pierre, sans croix.

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Informations pratiques

Localisation

1 Rue des Ruines Saint-Bertin, 62500 Saint-Omer