
Site archéologique
Allée Couverte du Mougau-Bihan
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Sur la dalle de chevet qui ferme la chambre au fond, une hache polie est sculptée en bas-relief, non pas une hache ordinaire, mais une hache emmanchée, représentée avec une précision qui trahit l'importance symbolique de l'outil. Ce signe unique, gravé à l'intérieur d'une tombe collective néolithique au cœur des Monts d'Arrée, veille sur les morts depuis cinq mille ans.
L'allée couverte du Mougau-Bihan se dresse dans un hameau de la commune de Commana, au pied des crêtes schisteuses du Finistère intérieur. Mougau en breton signifie la caverne. Le sol ici est du schiste. Mais les vingt-quatre blocs massifs qui composent la sépulture sont du granite, importé, donc, depuis des carrières lointaines, transporté et dressé par des hommes du Néolithique final vers 3000 avant notre ère. Construire cela sur un sol où la roche est différente, c'est un acte délibéré. Une déclaration d'intention.
Le monument mesure quatorze mètres de long, orienté nord-sud, originalité parmi les allées couvertes armoricaines. Dix-huit orthostates de granite forment les parois de la chambre, distants d'un à un mètre trente les uns des autres. Cinq dalles de couverture horizontales constituent le plafond. La dernière, au nord, recouvre une cellule terminale séparée, la cella, espace à part entière, peut-être réservé aux rites. À l'origine, le tout était enfoui sous un long tertre de terre. Ce tumulus a disparu. Ce qui reste est le squelette minéral du monument, mis à nu par le temps et les hommes.
Les parois internes sont gravées. Sur un pilier à l'entrée, une paire de seins en relief, symbole de la déesse mère, présent dans plusieurs allées couvertes bretonnes de la même époque. Plus loin dans la chambre, un autre pilier porte deux paires de seins associées à une gravure en forme de palette. Ces palettes ont déconcerté les archéologues : certains y voient des poignards à soie, preuve d'échanges avec le monde méditerranéen. D'autres interprètent ces formes comme des avirons de gouverne, les allées couvertes seraient alors des vaisseaux conduisant les morts vers d'autres rives. Rien n'est tranché. La pierre garde ses ambiguïtés.
Les fouilles du XIXe siècle n'ont laissé aucune archive. On ne sait pas ce que contenait le monument, qui y était inhumé, ni comment les rites se déroulaient. Le cadastre désignait encore récemment le site comme autel druidique, confusion révélatrice d'un passé qu'on ne savait pas encore nommer. La tradition populaire, elle, parle du tombeau des géants. Et le rocher de Bugel Noz qui domine le Mougau est, dit-on, le territoire nocturne des korrigans.
Tout autour s'étend la tourbière, zone humide acide où la matière végétale s'accumule sans se décomposer depuis des millénaires, conservant en elle ce que le temps détruit partout ailleurs.
Dans le fond de la chambre, la hache polie attend, sculptée dans le granite, aussi précise qu'au premier jour.
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