Belle-Île-en-Mer
Île

Belle-Île-en-Mer

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

À quinze kilomètres au large de Quiberon, une île de vingt kilomètres de long tient seule face à l'Atlantique. Belle-Île porte son nom comme une évidence, mais ce que l'on sait moins, c'est qu'environ la moitié de ses habitants descendent de réfugiés canadiens débarqués ici après dix ans d'errance, chassés de l'autre bout du monde par les Anglais. L'histoire de Belle-Île commence dans l'obscurité des siècles. Des moines de Redon ou de Quimperlé s'y installent en premier, attirés par ce promontoire ceint de mer sur deux côtés, aisément fortifiable, naturellement isolé. La seigneurie passe ensuite aux Gondi, puis en 1658 au surintendant Nicolas Fouquet, qui y rêve d'une place forte imprenable. Trop imprenable. Louis XIV, jaloux de cette puissance insulaire qui lui fait de l'ombre, fait arrêter Fouquet en 1661 et reprend l'île. Il confie à Vauban le soin de la transformer en citadelle royale. La forteresse de Le Palais, achevée à la fin du XVIIe siècle, est l'une des œuvres majeures du maréchal, un cuirassé de granit ancré dans la baie de Quiberon, qui n'a jamais été pris. En 1761, les Anglais occupent l'île pendant deux ans. Quand ils restituent Belle-Île en 1763 par le traité de Paris, elle est vidée d'une partie de sa population, les bellilois avaient fui ou collaboré, la terre était à l'abandon. Le ministre Choiseul cherche des colons. Il en trouve de prêts, et de désespérés. En 1765, soixante-dix-huit familles acadiennes débarquent à Belle-Île. Elles ont traversé une décennie de cauchemar : déportées de leur Acadie canadienne par les Britanniques en 1755 lors du Grand Dérangement, ballottées entre camps de détention anglais, ports français, projets d'installation avortés. Elles arrivent avec leurs noms, Leblanc, Granger, Trahan, Terriot, et rien d'autre. La France leur donne dix hectares de terre, une maison d'un modèle uniforme, une grange, des semences, un pécule. C'est la première fois en France que des cultivateurs deviennent propriétaires de leurs terres, vingt-trois ans avant la Révolution. Environ un quart reste définitivement. Leur sang coule encore dans la majorité des familles belliloises d'aujourd'hui. Claude Monet arrive en 1886, s'installe à Kervilahouen, peint la côte sauvage sous tous les temps, quarante tableaux en trois mois. En 1894, Sarah Bernhardt débarque à son tour. Elle se promène sur la pointe des Poulains, aperçoit un fortin militaire abandonné avec un écriteau : Fort à vendre. Elle l'achète dans la journée. Elle construit un domaine de quarante-six hectares, invite Marcel Proust, Reynaldo Hahn, le roi Georges V. Elle y passe chaque été pendant trente ans. En 1922, malade, amputée d'une jambe, ruinée, elle vend. Elle voulait être enterrée face à la mer, ici. Elle repose au Père-Lachaise. L'île continue de tenir face à l'Atlantique, comme elle a toujours fait.

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Informations pratiques

Localisation

56999 Belle Île en Mer