Cairn de Gavrinis
Site archéologique

Cairn de Gavrinis

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

On arrive par bateau. C'est la seule façon. Et c'est très exactement comme il faut. L'île de Gavrinis, l'île aux chèvres, en breton, se dresse à l'entrée du golfe du Morbihan, rocher granitique de quatorze hectares cerné d'eau de toutes parts. À son sommet, une butte de pierres. Rien de spectaculaire en apparence. Puis on entre, et le monde bascule. Le cairn a été construit entre 4250 et 4000 ans avant notre ère, mille ans avant les pyramides d'Égypte. Une masse de six mille six cents mètres cubes de pierres sèches, soigneusement appareillées, qui enveloppe un couloir de quatorze mètres débouchant sur une chambre funéraire à peine plus grande qu'une armoire. La disproportion entre l'enveloppe et ce qu'elle protège dit tout de la logique du lieu : ce n'est pas la chambre qui comptait, c'est le passage. Le chemin. L'acte de traversée. Et dans ce couloir, la surprise absolue. Sur vingt-trois des vingt-neuf dalles qui en forment les parois, des gravures couvrent chaque centimètre carré de surface disponible. Courbes, méandres, spirales, zigzags, crosses, haches stylisées, écussons formés d'arcs concentriques, neuf cent dix-sept mètres de traits gravés sur cinquante mètres carrés de pierre. La densité est sans équivalent nulle part dans le monde mégalithique. La délicatesse aussi : les motifs ont été obtenus par piquetage, pierre contre pierre, avec une précision qu'on ne comprend que de près. Prosper Mérimée descend dans le couloir en 1835, un an après la découverte accidentelle du monument par le propriétaire de l'île lors de travaux agricoles. Il écrit qu'il se trouve devant quelque chose d'incompréhensible. Il a raison. Un siècle et demi de fouilles n'a pas entièrement démenti son sentiment. Ce que les archéologues ont découvert lors des fouilles des années 1980 dépasse pourtant tout ce qu'on attendait. La dalle de couverture de la chambre funéraire, une pièce de dix-sept tonnes, porte sur sa face cachée des gravures d'un style entièrement différent des autres : un bovidé de deux mètres de long, une hache monumentale. En étudiant les cassures, l'archéologue Charles-Tanguy Le Roux comprend que cette dalle est un fragment d'un menhir de quatorze mètres de hauteur délibérément brisé vers 4000 avant notre ère. Les deux autres fragments ont été retrouvés : l'un à la Table des Marchands à Locmariaquer, à quatre kilomètres de là, l'autre dans le tertre d'Er Vinglé, sur la même presqu'île. Un menhir brisé entre trois monuments différents, comme si les bâtisseurs avaient voulu répartir son pouvoir entre plusieurs lieux sacrés. Vers 3300 avant notre ère, le cairn est condamné. L'entrée est obturée par une masse de pierres, et une chape de sable recouvre tout. On ne sait pas pourquoi. On ne sait pas non plus pour qui tout cela a été fait, ni ce que signifient exactement ces signes que personne, en six mille ans, n'a su lire entièrement. L'eau monte autour de l'île. La marée arrive.

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Informations pratiques

Localisation

Île de Gavrinis Rue de Pen-Lannic, 56870 Larmor-Baden