Cairn de Petit Mont
Site archéologique

Cairn de Petit Mont

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

À la pointe de la presqu'île de Rhuys, là où le golfe du Morbihan ouvre sa gueule sur l'Atlantique, un monticule de pierres sèches domine l'océan à trente-six mètres. Ce qu'il cache à l'intérieur est peut-être la chose la plus étrange que le Morbihan ait à offrir : six mille ans d'histoire superposés dans le même lieu, du premier mort néolithique au dernier soldat allemand. Tout commence vers 4600 avant notre ère. Des hommes du Néolithique choisissent ce promontoire stratégique, déjà, pour bâtir un premier tertre de pierre. Puis un premier cairn trapézoïdal, massif, sans chambre funéraire intérieure. Puis un deuxième cairn accolé, vers 3990 avant notre ère, celui-là avec un dolmen à couloir et une chambre ornée de gravures. Puis deux dolmens supplémentaires vers 3000 avant notre ère, adossés à la façade est. Le tout forme un complexe de dix mille mètres cubes de pierres, soixante mètres de long, six mètres de haut, construit par phases successives, chaque génération ajoutant sa couche à la mémoire collective. Dans les chambres funéraires, les dalles parlent. Roues solaires à dix-sept rayons, haches emmanchées stylisées, arceaux imbriqués, lignes serpentiformes dans le style de Gavrinis tout proche, une paire de pieds humains sculptés en relief dans leur cartouche piqueté, ce dernier motif étant probablement d'époque gallo-romaine, ajouté des millénaires après la construction. Les Gaulois puis les Romains avaient en effet repéré le lieu. Dans les débris des fouilles, des fragments de statuettes de Vénus en terre blanche, des bronzes romains, des perles de verre, des monnaies, le dolmen du cairn avait été converti en sanctuaire, au moins jusqu'au IIIe siècle de notre ère. Les navigateurs, eux, l'utilisaient comme amer depuis au moins 1560 : le Routier Pilote de Garcie Ferrande le mentionne comme point de repère maritime. On ne perd jamais un cairn de vue quand il domine l'océan. En 1943, l'armée allemande comprend à son tour l'évidence. Le Petit Mont offre la meilleure vue de toute la baie de Quiberon, la côte, les îles, l'horizon. Dans le cadre du Mur de l'Atlantique, les ingénieurs du Reich construisent un bunker type 635 au sommet du cairn. Pour cela, ils dynamitent un des dolmens. Les dalles gravées par les peuples néolithiques volent en éclats ou sont noyées dans le béton. Quand Joël Lecornec reprend les fouilles en 1979, il met des années à démêler ce que la guerre avait détruit et ce qu'elle avait involontairement révélé, dont le premier cairn, le plus ancien, dont l'existence n'était pas connue avant que le bunker n'en expose les entrailles. Le bunker est toujours là, intégré au site, visible, inconfortable à regarder. C'est la même logique qui a toujours guidé les hommes ici : le point le plus haut, la vue la plus large, le contrôle de l'horizon. Six mille ans d'occupation. Même raison. Mêmes pierres.

Tags

mégalithepanoramanature

Informations pratiques

Localisation

Site du Petit Mont, Le Crouesty, 56640 Arzon