
Château
Cathédrale Sainte-Marie de Bayonne
Pyrénées-Atlantiques, Nouvelle-Aquitaine
À propos de ce lieu
Deux flèches de quatre-vingt-cinq mètres percent le ciel du Pays basque depuis le XIX° siècle, mais les pierres qu'elles couronnent portent en elles sept cents ans de flammes, de guerre et d'obstination. La cathédrale Sainte-Marie de Bayonne a brûlé plusieurs fois. Elle est toujours là.
Avant la pierre gothique, il y avait le calcaire romain. L'emplacement de la cathédrale occupait jadis un temple antique de la ville de Lapurdum. Les Normands ravagèrent. Les Sarrasins pillèrent. À l'aube du X° siècle, saint Léon arriva dans une cité sans clergé ni église, et entreprit de rechristianiser un territoire à genoux. Il est mort ici. Sa châsse repose encore dans les murs qu'il a contribué à ressusciter.
Au XII° siècle, un premier édifice roman prend forme sur la butte qui domine la Nive et l'Adour. Bayonne est alors rattachée à l'Angleterre depuis le remariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt en 1152 — une ville prospère, maritime, ouverte sur l'Atlantique et sur la péninsule ibérique. Mais en 1258, un incendie dévaste la moitié de la cité et emporte une grande partie du chœur. Troisième incendie en soixante ans. Les Bayonnais auraient pu abandonner. Ils ont fait venir un architecte champenois.
Ce maître inconnu reconstruit en gothique rayonnant, s'inspirant de Reims pour le chœur et de Soissons pour le déambulatoire. La cathédrale grandit lentement, travée après travée, siècle après siècle — financée en partie par les dons du cardinal Guillaume Godin, natif de la ville. Quand les Français reprennent Bayonne aux Anglais en 1451, l'édifice est presque achevé. Presque. Les deux tours resteront sans flèches pendant encore quatre cents ans.
La pierre raconte tout cela avec une précision déconcertante. Dans le transept sud, une clef de voûte sculptée représente un navire à huit marins avec, à la poupe, un gouvernail d'étambot — le timon à la bayonnaise — que l'on suppose inventé ici, et qui révolutionna la navigation atlantique au XII° siècle en permettant de diriger les coques bien plus efficacement que les avirons latéraux. La nef de l'Église navigue littéralement au-dessus des têtes, entourée des symboles des quatre évangélistes. Dans les voûtes de la nef centrale, les fleurs de lys de France côtoient les trois léopards d'Angleterre — deux royaumes gravés côte à côte dans le même calcaire, comme si la pierre refusait de choisir son camp.
Au XIX° siècle, un disciple de Viollet-le-Duc, Boeswillwald, coiffe les tours de deux flèches identiques et donne à la façade son profil définitif — ocre de Mousserolles pour les parties médiévales, blanc de Bidache pour les ajouts récents. La cathédrale porte ses cicatrices à vue, sans les dissimuler.
Le cloître attenant, l'un des plus vastes de France, a servi de lieu de réunion, de marché, de cimetière, d'espace public — la ville entière y a passé, comme si les moines et les marchands avaient toujours su partager la même pierre.
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