Château d'Azay-le-Rideau
Château

Château d'Azay-le-Rideau

Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire

À propos de ce lieu

Ce château pose sur l'eau depuis cinq siècles. Pas comme Chenonceau qui enjambe une rivière — autrement. Azay-le-Rideau repose sur des pilotis fichés dans le lit de l'Indre, et la rivière l'entoure de toutes parts, le reflète, le double, lui offre ce miroir immobile qui a rendu fou Honoré de Balzac, lequel l'appela un jour un diamant taillé serti dans l'Indre. Mais avant ce silence et cette grâce, il y a eu du sang sur ce sol. En 1418, le futur Charles VII traverse Azay-le-Rideau en fuyant Paris occupé par les Bourguignons. Les soldats de la garnison, qui tiennent la place forte, l'aperçoivent depuis les remparts et l'insultent. Mauvaise idée. Charles fait demi-tour, donne l'assaut, prend le château en quelques jours. Le capitaine est décapité. Les 350 soldats sont pendus aux créneaux et aux barreaux des fenêtres. Le bourg est incendié. Pendant plus d'un siècle, le village s'appellera Azay-le-Brûlé. La cendre avant la Renaissance. Un siècle passe. Les ruines restent. En 1510, Gilles Berthelot, trésorier de France et maire de Tours, rachète le domaine. C'est un homme de cour enrichi, pressé d'asseoir son nouveau statut de noble par la magnificence de sa demeure. Il fait raser les décombres médiévaux. Il fait bâtir. C'est en réalité sa femme, Philippe Lesbahy, qui dirige les travaux — comme Katherine Briçonnet à Chenonceau, à la même époque, à quelques kilomètres de là. Les hommes signent, les femmes construisent. Le chantier dure de 1518 à 1527. L'architecte reste inconnu à ce jour. Ce qui sort de terre est stupéfiant. Un château à angle droit en forme de L, monté sur pilotis dans la rivière. L'escalier d'honneur, à volées droites superposées — une innovation radicale pour l'époque —, est couvert de caissons sculptés, de médaillons, d'une dentelle de tuffeau ciselée avec une précision qui tient de l'orfèvrerie. Sur la porte d'entrée sont gravées les initiales entrelacées de Gilles et Philippe. Sur les murs, la salamandre de François Ier côtoie l'hermine de la reine Claude — clins d'œil habiles au souverain, qui vient visiter le chantier. Trop habiles, peut-être. En 1527, François Ier ordonne une enquête générale sur ses financiers. Des malversations apparaissent. L'un d'eux, Jacques de Beaune Semblançay, est pendu au gibet de Montfaucon. Berthelot, terrifié, abandonne sa femme, son château inachevé, et fuit hors du royaume. Il mourra deux ans plus tard à Cambrai. François Ier confisque Azay-le-Rideau et l'offre à l'un de ses fidèles compagnons d'armes. L'histoire de Berthelot ressemble à celle de Fouquet, un siècle et demi plus tard : trésorier trop brillant, château trop beau, roi jaloux, disgrâce totale. Le château passe de mains en mains, se dégrade, survit à la Révolution, et finit par être racheté en 1791 par le marquis de Biencourt, qui l'achève enfin dans un style néo-Renaissance et crée le miroir d'eau. L'État l'acquiert en 1905. Azay-le-Rideau a été bâti dans la peur. Il rayonne comme s'il ne s'en souvenait pas.

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Informations pratiques

Localisation

19 Rue Balzac, 37190 Azay-le-Rideau