Château
Château de Balleroy
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Jean de Choisy père doit sa fortune à une partie d'échecs. En 1600, lors d'un souper dans un hôtel de Meulan, il rencontre François d'O, surintendant des finances d'Henri IV. Par calcul, dit-on, il laisse gagner le puissant personnage. Ce dernier l'emploie, fait sa fortune, et Jean de Choisy peut acheter pour mille cinq cents écus un petit fief normand fait de maigres pâturages, de ronces et de bruyères. Son fils bâtit le château.
François Mansart a vingt-sept ans quand il dresse les plans de Balleroy, vers 1625. C'est son premier grand chantier civil. Il le fait à sa façon, symétrie absolue, toitures d'ardoise à la Mansart, façade rythmée de hautes fenêtres, escalier suspendu en pierre de Caen construit sans appui apparent. Le château s'élève en schiste local et pierre de Caen, pavillon central flanqué de deux ailes basses. Mais Mansart ne s'arrête pas au château. Il conçoit l'église du village. Il refait le village lui-même, obligeant les habitants à construire leurs maisons le long de la grande perspective pour que la vue depuis le château soit parfaite. Le bourg entier est déplacé pour servir l'axe de symétrie. Ce dispositif, un château, un village, une perspective unique, inspirera directement les aménagements de Versailles.
Jean II de Choisy reçoit Gaston d'Orléans à Balleroy. Le même Mansart, encouragé par ce succès normand, recevra la commande du château de Blois pour le même Gaston. La femme de Jean II correspond avec Marie de Gonzague, reine de Pologne. La bibliothèque s'enrichit. Le château entre dans les réseaux du pouvoir.
Sous le Second Empire, un marquis de Balleroy, le comte Albert, partage un atelier rue Lavoisier à Paris avec Édouard Manet. Ses scènes de chasse ornent la salle à manger du château. L'impératrice Eugénie possède une de ses toiles. Marcel Proust visite les lieux en compagnie du peintre Paul Helleu et y voit, dit-on, le château de Guermantes qu'il transposera dans À la recherche du temps perdu.
En 1970, la famille vend à Malcolm Forbes, milliardaire américain, patron du magazine Forbes, passionné de montgolfières. Il restaure, remeuble, anime. Dans les communs, il installe un musée entièrement consacré à l'aérostation : des frères Montgolfier à ses propres vols autour du monde, avec objets, archives et témoignages. Un festival annuel de ballons s'installe dans le parc jusqu'en 1999. Le château reste intact dans ses dispositions du XVIIe siècle, épargné par la Révolution et les bombardements de 1944.
Un escalier suspendu depuis quatre siècles, une perspective conçue pour déplacer un village, et un musée des ballons sous les toits normands.
Balleroy est la démonstration qu'une partie d'échecs bien jouée peut changer un paysage.
Tags
châteaumuséemansart


