
Château
Château de Brézé
Val de Loire, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
À dix kilomètres au sud de Saumur, au milieu des vignes d'Anjou, un château Renaissance se dresse dans la lumière douce du Val de Loire. Façade blanche, proportions élégantes, cour en U. Rien, en surface, ne laisse deviner ce qui se passe en dessous. Car sous ce château, il y en a un autre. Plus ancien. Plus sombre. Creusé dans la roche.
C'est le secret de Brézé. Quatre kilomètres de galeries et de salles taillées dans le tuffeau, à onze mètres sous la cour d'honneur. La plus ancienne forteresse souterraine connue de France — et peut-être d'Europe.
Tout commence avant même que la pierre en surface existe. Dès le IXe siècle, alors que les Normands remontent la Loire et que les raids ravagent l'Anjou, des hommes creusent. Ils taillent dans le tuffeau — cette roche calcaire tendre, caractéristique de la vallée — une forteresse invisible, inviolable. La Roche de Brézé est mentionnée pour la première fois en 1063, dans une charte de l'abbaye de Saint-Florent. Elle présente une architecture en trèfle unique : trois salles autour d'un puits de lumière central, avec des silos à grain hermétiques, des couloirs à coudes multiples pour tendre des embuscades, un accès obstruable en cas de siège. Une logique de survie absolue, pensée par des gens qui savaient exactement de quoi ils avaient peur.
Au XVe siècle, Gilles de Maillé-Brézé obtient du roi René d'Anjou l'autorisation de fortifier le domaine. Les fossés sont creusés — dix-huit mètres de profondeur, les plus profonds d'Europe à ciel ouvert. Puis Arthur de Maillé reconstruit le château en surface au début du XVIe siècle, dans ce style Renaissance italienne qui tranche avec la brutalité du réseau souterrain. En 1615, Louis XIII érige le domaine en marquisat pour Urbain de Maillé-Brézé, qui a épousé Nicole du Plessis, la sœur de Richelieu. Le cardinal lui-même gravite dans l'orbite de Brézé. Puis vient le Grand Condé, prince du sang, qui hérite du château en 1650 avant de prendre la tête de la Fronde. En 1653, des troupes royales l'occupent. Même Brézé n'échappe pas aux guerres civiles.
Deux siècles plus tard, en juin 1789, Henri-Évrard de Dreux-Brézé organise les États généraux à la demande de Louis XVI. C'est lui que Mirabeau cloue sur place avec cette phrase : « Nous sommes ici par la volonté du peuple et ne sortirons que par la force des baïonnettes. » Le marquis de Brézé, humilié devant la France entière. Marcel Proust, plus tard, citera Brézé dans La Recherche : « Brézé, c'est royal ! » disent ses personnages. Ils n'ont pas tort.
Aujourd'hui, la boulangerie troglodyte fonctionne encore. Les fours sont intacts, le pétrin est là, la glacière aussi.
Un château qui a traversé mille ans d'histoire en restant à moitié sous terre.
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