
Château
Château de Brissac
Maine-et-Loire, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
Il se dresse à quinze kilomètres d'Angers, au milieu des vignes angevines, et on le voit de loin. Trop loin. Quarante-huit mètres de hauteur, sept étages, deux cent quatre pièces. C'est le château le plus haut de France — et il l'est resté depuis le XVIIe siècle sans que personne ne le conteste vraiment. Un géant habillé de tuffeau blanc, que l'un de ses propres ducs décrivit un jour comme « un château neuf à demi construit dans un château vieux à demi détruit ».
Cette formule dit tout de Brissac. Le lieu ne s'est jamais terminé. Il s'est simplement superposé à lui-même, couche après couche, drame après drame.
Au commencement, il y a Foulques Nerra. Le comte d'Anjou, au XIe siècle, fait bâtir ici une forteresse. Un homme de guerre, bâtisseur compulsif, qui érige des châteaux comme d'autres font pénitence. Pendant quatre siècles, Brissac passe de mains en mains. En 1455, c'est Pierre de Brézé, ministre de Charles VII, qui reconstruit les deux tours rondes à mâchicoulis — celles qu'on voit encore aujourd'hui, flanquant le corps central comme deux vestiges stubbornément médiévaux dans un château devenu Renaissance.
Son fils Jacques de Brézé hérite du domaine avec sa femme Charlotte de Valois, fille de Charles VII et d'Agnès Sorel. Un nom royal, une vie tragique. En 1477, Jacques surprend Charlotte en flagrant délit avec un ami. Il les transperce tous deux de son épée. Pour ce crime, il doit verser deux cent mille écus d'or à la Couronne. Ruiné, il vend Brissac en 1502 à René de Cossé, gouverneur de l'Anjou. Depuis lors, la famille Cossé-Brissac n'a jamais quitté les lieux. Plus de cinq siècles de même lignée dans les mêmes murs.
Les guerres de Religion dévastent le château. Charles de Cossé prend le parti de la Ligue, Henri IV assiège Brissac. Après sa reddition en 1594, il faut attendre 1606 pour récupérer les ruines. L'architecte Jacques Corbineau reconstruit alors l'édifice dans les proportions démesurées qu'on lui connaît. Sept étages. Le chantier n'est jamais vraiment fini. En 1620, Marie de Médicis, en fuite après sa rupture avec son fils Louis XIII, se réfugie ici. Elle y signe une réconciliation de façade avec le roi. La cour de France, quelques jours, dans les salons angevins.
La Révolution ravage l'intérieur. Puis les Cossé-Brissac restaurent, décennie après décennie. En 1890, la châtelaine fait construire dans les étages un théâtre privé de deux cents places, entièrement consacré à l'opéra. Il existe toujours.
Charlotte de Valois, dit-on, hante encore les couloirs sous les traits d'une dame verte. Les nuits d'orage, certains l'auraient aperçue.
Le château est habité. Le duc y vit encore.
Tags
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Informations pratiques
Localisation
1 RUE JEANNE SAY, 49320 Brissac Loire Aubance


