
Château
Château de Chambord
Loir-et-Cher, Centre-Val de Loire
À propos de ce lieu
Sur les terrasses de Chambord, certains monogrammes royaux sont gravés à l'envers. Pas une erreur de sculpteur. Une intention. Pour que Dieu, regardant depuis le ciel, puisse lire la puissance du Roi.
Tout commence en 1516. François Ier rentre d'Italie, auréolé de Marignan, la tête pleine d'architecture Renaissance. Il ramène avec lui Léonard de Vinci — 64 ans, le génie absolu — qu'il nomme premier peintre, premier ingénieur et premier architecte du royaume. Les deux hommes rêvent d'une cité idéale à Romorantin. Puis une épidémie. Puis la mort de Léonard en 1519, à Amboise. Le projet meurt avec lui. Mais le rêve, lui, survit. Le 6 septembre 1519, François Ier ordonne par ordonnance royale la construction de Chambord, au cœur d'un marais de Sologne. Le sol est instable. On enfonce des pilotis de chêne jusqu'à douze mètres de profondeur. On détourne le Cosson pour créer des douves. On transporte 220 000 tonnes de tuffeau depuis le port de Saint-Dyé. Parfois 1 800 ouvriers travaillent simultanément sur le chantier.
Ce qui surgit des marécages n'est pas un château. C'est un manifeste. Le donjon central adopte un plan en croix grecque — la forme des édifices religieux — pour ancrer dans la pierre la dimension sacrée de la royauté. Au centre exact de cette croix s'élève un escalier à double révolution : deux rampes hélicoïdales qui s'enroulent l'une autour de l'autre sans jamais se croiser. Deux personnes peuvent monter et descendre simultanément, s'apercevoir à travers les ouvertures ajourées du noyau central, sans jamais se rejoindre. L'idée vient des carnets de Vinci — un escalier à quadruple révolution imaginé pour une cité utopique — concrétisé en double ici par des architectes dont l'identité reste aujourd'hui encore inconnue.
Le château parle. Partout, la salamandre de François Ier — plus de trois cents fois sur les murs, les plafonds, les cheminées, nulle ne ressemblant à une autre. Ailée, crachant de l'eau, avalant du feu, entourée d'étoiles. Sa devise en latin : nutrisco et extinguo — je nourris le bon feu, j'éteins le mauvais. Les couronnes sculptées varient selon l'étage : impériales en bas, en référence à Charlemagne ; ouvertes au milieu, pour saint Louis. Et tout en haut, une troisième forme de couronne, inédite, coiffée d'une fleur de lys, qui deviendra le symbole officiel de la monarchie française.
François Ier meurt en 1547, après 42 nuits seulement passées dans son château en trente-deux ans de règne. Il ne l'a jamais vu achevé. Mais en décembre 1539, il y a reçu Charles Quint, son grand rival, qui traverse la France vers les Flandres. L'empereur, bouche bée face à l'escalier, qualifie Chambord d'abrégé de l'industrie humaine. Le coup diplomatique est total.
Louis XIV y fait jouer Molière. Le Bourgeois gentilhomme est créé ici, le 14 octobre 1670. En 1939, la Joconde y est cachée pour fuir les bombardements. Chambord devient le plus grand dépôt secret du patrimoine national en guerre.
426 pièces. 282 cheminées. 77 escaliers. Un architecte anonyme. Et des lettres gravées à l'envers pour que Dieu puisse les lire.
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