
Château
Château de Châteaugiron
Ille-et-Vilaine, Bretagne
À propos de ce lieu
Un chevalier normand arrive à Rennes en 1008 dans le sillage d'une princesse. Il s'appelle Anquetil. Le duc de Bretagne lui offre cinquante-deux hectares sur la paroisse de Noyal, aux portes de sa capitale. Anquetil y plante une tour de bois. Son fils Giron la reconstruit en pierre. Et le nom de ce fils reste là pour toujours, Châteaugiron.
C'est ainsi que commencent les villes, parfois. Un acte de gratitude, un prénom, des pierres.
La position n'est pas choisie par hasard. Châteaugiron se trouve sur la route des Marches de Bretagne, la zone frontière disputée entre le duché et le royaume de France, une écharpe de territoire que chaque seigneur tient au prix de sa vie et de sa fortune. Le château garde Rennes par l'est. Les seigneurs de Châteaugiron le savent, et ce rôle militaire forge leur rang : ils deviennent barons, puis grands chambellans héréditaires du duché. Giron lui-même part en 1066 à la conquête de l'Angleterre aux côtés du duc de Normandie, combat à Hastings, et rentre avec des terres outre-Manche. Pendant quatre siècles, les descendants d'Anquetil escortent les épouses des ducs, accompagnent les ambassades, portent la reine de France en fuite depuis Melun.
Le château se construit par strates. Le donjon circulaire, trente-huit mètres de granite dressés dans le ciel d'Ille-et-Vilaine, est élevé au XIIIe siècle sur le modèle des forteresses philippiennes, les mêmes tours rondes que Philippe Auguste avait fait construire au Louvre. Autour de lui, une enceinte quadrangulaire avec six tours d'angle. Le choeur de la chapelle castrale romane est attesté dès 1184, c'est le fragment de pierre le plus ancien qui subsiste. Au XVe siècle, Jean de Derval réforme l'ensemble, modernise les défenses, construit les tours du Cardinal et du Guet avec leurs chemins de ronde sur mâchicoulis. La tour de l'Horloge devient beffroi : sa cloche Henriette, fondue en 1666, sonnera la vie de la cité jusqu'à aujourd'hui.
La lignée des Châteaugiron s'éteint au XVe siècle. La forteresse passe de main en main sans qu'on l'habite vraiment. Les guerres de la Ligue la ruinent partiellement au XVIe siècle. En 1701, une famille de la noblesse parlementaire de Bretagne, les Le Prestre de Lézonnet, rachète les ruines et transforme ce qui reste en demeure de plaisance. Ils conservent les tours médiévales comme emblème de leur rang, percent de grandes baies symétriques dans le logis, aménagent des jardins à la française. Puis la Révolution arrive. En 1794, les Le Prestre offrent le donjon et la tour de l'Horloge à la municipalité avant de quitter définitivement la ville. Le dernier descendant de la lignée meurt sans héritier, quelque part en Europe, après une carrière militaire et diplomatique.
La municipalité rachète l'ensemble en 1936. En 1978, elle y installe l'hôtel de ville.
Le château sert toujours de siège du pouvoir, comme il y a mille ans, exactement.
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