Château de Chenonceau
Château

Château de Chenonceau

Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire

À propos de ce lieu

Ce château pose sur l'eau. Pas en bordure de rivière, pas au bord du Cher — dessus. La galerie de soixante mètres qui enjambe le cours d'eau depuis 1576 fait de Chenonceau quelque chose d'unique parmi les châteaux du monde : un bâtiment traversé par une rivière, ou plutôt un bâtiment qui traverse une rivière. On entre en zone occupée. On ressort en zone libre. Ce détail reviendra. Tout commence en 1513, quand Katherine Briçonnet, épouse d'un financier royal souvent absent, supervise seule la construction d'un logis Renaissance sur les piles d'un vieux moulin. Elle choisit l'emplacement, commande les plans, arbitre les chantiers. C'est une femme qui bâtit. Le château est saisi pour dettes vingt ans plus tard par François Ier, puis Henri II l'offre à Diane de Poitiers, sa favorite, en 1547. Diane a vingt ans de plus que le roi. Elle gouverne la cour, influence les décisions, et transforme Chenonceau en domaine d'exception — jardin à la française, pont de pierre à cinq arches sur le Cher, commandé à Philibert de l'Orme. Quand Henri II meurt en 1559 d'un éclat de lance dans l'œil lors d'un tournoi, Catherine de Médicis, la reine légitime, n'attend pas. Elle contraint Diane à échanger Chenonceau contre Chaumont. Puis elle s'y installe, crée son propre jardin face à celui de sa rivale — comme un ultime défi planté dans la terre —, et fait élever sur le pont de Diane deux galeries superposées. C'est depuis son cabinet vert qu'elle gouverne la France pendant les guerres de Religion. Le sol de la grande galerie est pavé d'un damier noir et blanc de tuffeau et d'ardoise. On marche sur quelque chose qui ressemble à un échiquier. Ce n'est peut-être pas une coïncidence. Après elle, c'est Louise de Lorraine qui hérite du lieu. Son mari, Henri III, vient d'être assassiné par un moine fanatique en août 1589. Elle apprend la nouvelle à Chenonceau. Elle a trente-six ans. Elle ne partira plus. Pendant onze ans, vêtue de blanc selon l'étiquette du deuil royal — d'où son surnom de Reine Blanche —, elle vit dans une chambre entièrement tendue de velours noir, ornée de larmes d'argent, de pelles de fossoyeurs, de couronnes d'épines. Les initiales entrelacées de Louise et d'Henri en lettres grecques couvrent les murs. Elle meurt en 1601, sans avoir quitté ce deuil. Au XVIIIe siècle, Louise Dupin tient à Chenonceau l'un des salons les plus brillants des Lumières — Voltaire, Montesquieu, Buffon, Rousseau, son secrétaire, qui y composera des pièces et y deviendra amoureux d'elle. C'est elle qui sauvera le château pendant la Révolution, en convainquant le comité local qu'un pont sur une rivière n'a rien d'aristocratique. Elle mourra à quatre-vingt-treize ans, enterrée dans le parc. En 1940, le Cher devient la ligne de démarcation entre la France occupée et la zone libre. L'entrée du château est au nord, côté allemand. La sortie est au sud, côté libre. La galerie, pendant deux ans, sert de passage clandestin pour des centaines de résistants, de réfugiés, de Juifs en fuite. Chenonceau a traversé cinq siècles d'histoire française en restant sur l'eau. Il les a tous laissés passer.

Tags

châteaunaturemédiéval

Informations pratiques

Localisation

37150 Chenonceaux