Château de Combourg
Château

Château de Combourg

Ille-et-Vilaine, Bretagne

À propos de ce lieu

Il existe des lieux qui fabriquent les écrivains. Combourg est l'un d'eux, un château de granit noir posé au bord d'un étang, à mi-chemin de Rennes et de Saint-Malo, dans la douceur humide de l'Ille-et-Vilaine. François-René de Chateaubriand y a passé deux ans d'enfance. Il en est sorti avec le romantisme en lui, comme une blessure. La forteresse existe depuis 1016. L'archevêque de Dol, Guiguené, fait élever un premier château sur l'éperon rocheux pour protéger son fief. La tour du Maure, la plus ancienne des quatre qui subsistent, date du XIIIe siècle, un donjon carré, massif, sans concession. Les deux tours méridionales suivent au XIVe siècle : la tour Sybil et la tour du Chat. Quatre tours, des courtines de granit, un lac en contrebas que personne n'appelle encore le Lac Tranquille. La forteresse passe de mains en mains, Châteaugiron, Malestroit, Coëtquen, sans jamais perdre son caractère de place militaire froide et austère. Le 3 mai 1761, René-Auguste de Chateaubriand achète le château. Ancien mousse devenu armateur enrichi par le commerce des îles et la course, il voit dans cette acquisition le moyen de restaurer la noblesse de sa lignée. Il s'y installe avec sa famille en 1777. Son fils François-René a alors neuf ans. Ce qu'il voit pour la première fois, la vallée, les tours qui montent dans la futaie, le soleil couchant, il l'écrira soixante ans plus tard dans les Mémoires d'outre-tombe avec une précision de somnambule. La « joie effrayée » de ce premier regard ne le quittera jamais. Le père Chateaubriand est un homme silencieux et terrible. Chaque soir, il fait le tour du château, seul, pendant des heures. La famille l'attend pour dîner. Après le repas, il se retire dans sa chambre rouge, la chambre où rôde, dit-on, le fantôme d'un ancien seigneur, Malo de Coëtquen, qui perdit sa jambe à la bataille de Malplaquet en 1709 et hanterait depuis les escaliers avec le bruit de sa jambe de bois. Le jeune François, lui, doit rejoindre seul chaque soir sa chambre au sommet de la tour du Chat, nom hérité de l'antique coutume d'emmurer vivant un chat noir dans les fondations pour conjurer le mauvais sort. Pendant des travaux au XIXe siècle, les ouvriers trouvent derrière une poutre une momie de chat desséchée. Elle est toujours là, sous vitrine, dans la chambre de l'enfant. C'est dans ces nuits de terreur solitaire, dans ce château froid et sans confort, que Chateaubriand forge ce qu'il appelle lui-même sa vague tristesse, à la fois son tourment et sa félicité. Il dira : C'est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis. Toute une littérature naît de ces deux années passées à avoir peur dans le noir. Le château appartient toujours à ses descendants. Le chat momifié veille.

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Informations pratiques

Localisation

23 Rue des Princes, 35270 Combourg