Château de Coucy
Château

Château de Coucy

Aisne, Hauts-de-France

À propos de ce lieu

La devise dit tout : Roi ne suis, ne prince, ne duc, ne comte aussi — je suis le sire de Coucy. En 1225, Enguerrand III ne cherche pas un titre. Il cherche une hauteur. Les travaux du château commencent sur un éperon calcaire de l'Aisne, entre Soissons et Laon, et ne s'achèveront qu'à sa mort en 1242. À l'extrémité ouest de la ville, un quadrilatère de pierre flanqué de quatre tours colossales, couronné d'un donjon que personne, en Occident, n'avait encore osé. Cinquante-quatre mètres. Trente-deux de diamètre. Sept mètres cinquante d'épaisseur à la base. Le donjon du Louvre, celui du roi de France, est vingt mètres plus bas. Enguerrand le Bâtisseur mourra comme il a vécu, sans mesure — sa propre épée le transperce en tombant de cheval. Ses descendants continuent. Enguerrand VII embellit la forteresse en palais gothique à la fin du XIVe siècle. Il y fait construire la salle des Preux — soixante mètres de long — pour y exposer les statues des neuf héros de la chevalerie universelle. À sa mort sans héritier mâle, le domaine est racheté en 1400 par Louis d'Orléans, déjà bâtisseur de Pierrefonds. Puis viennent la guerre de Cent Ans, les Anglais, les Bourguignons, la Fronde, Mazarin qui commence à démanteler. Un tremblement de terre en 1692 fend le donjon de haut en bas. La Révolution le vend comme bien national. Des carriers s'y installent. Louis-Philippe rachète les ruines en 1829 pour arrêter le pillage. Viollet-le-Duc consolide et déclare, devant ce donjon en partie éventré : les plus grosses tours connues de France, d'Italie et d'Allemagne, comparées à lui, ne sont que des fuseaux. En 1914, l'armée allemande occupe Coucy. Elle en fait son quartier général, à douze kilomètres du front. Le Kaiser Guillaume II s'y rend deux fois en personne. Avant 1914, Coucy était le troisième site le plus visité de France, après Versailles et le Mont-Saint-Michel. En mars 1917, au moment du repli sur la ligne Hindenburg, Ludendorff ordonne le dynamitage. Vingt-huit tonnes de cheddite dans le donjon. Dix tonnes dans chacune des quatre tours d'angle. Aucune nécessité militaire sérieuse ne justifie la décision — les rapports allemands de l'époque le reconnaîtront eux-mêmes. Le 27 mars 1917, le donjon s'effondre. Les pierres forment aujourd'hui un tas compact au sol, avec les grandes barres de fer que Viollet-le-Duc y avait cerclées pour le consolider. Ce qui reste à Coucy est encore colossal. Assez pour comprendre ce que sept siècles n'avaient pas réussi à abattre — et ce qu'une nuit de mars a suffi à détruire.

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Informations pratiques

Localisation

Rue du Château, 02380 Coucy-le-Château-Auffrique