
Château
Château de Dinan
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
En 1359, pendant le siège de Dinan par les Anglais, le frère de Bertrand du Guesclin sort se promener à cheval et se fait capturer par un chevalier anglais au mépris de toute trêve. Bertrand, qui joue à la paume sur la place du Marché, apprend la nouvelle, saute à cheval, et se rend seul au camp ennemi réclamer justice. Il exige un combat singulier contre Thomas de Canterbury, le chevalier félon. Toute la ville sort pour regarder. Une jeune fille de Dinan, réputée astrologue et un peu fée selon les contemporains, prédit la victoire du Guesclin. Elle a raison. Canterbury est terrassé. L'honneur est satisfait. Cette scène a lieu devant des remparts, pas encore devant le château que l'on voit aujourd'hui.
Le château actuel naît vingt ans plus tard, d'un ressentiment politique. Dinan a longtemps soutenu Charles de Blois contre Jean de Montfort dans la Guerre de Succession de Bretagne. Jean IV, le Conquérant, sort finalement vainqueur, mais il n'oublie pas. En 1380, de retour d'exil en Angleterre, il commande au maître d'œuvre Étienne Le Tur une tour-palais sur l'enceinte méridionale de la ville. L'emplacement n'est pas innocent : le duc choisit un angle des remparts avec double accès, vers la ville et vers l'extérieur, parce qu'il sait qu'il ne fait pas l'unanimité dans la population. La tour s'élève à quarante-cinq mètres. Elle est ovale. Elle domine tout.
Et ce n'est pas une forteresse ordinaire. La tour de Dinan est une réponse directe au château de Vincennes, la résidence du roi de France Charles V, l'ennemi du duc. Même verticalité, même hiérarchie des espaces superposés : caves et cuisine aux niveaux inférieurs, salle de banquet au milieu, chambre d'apparat et chapelle privée en hauteur, chambre de retrait au sommet. Le tout bardé de décors sculptés, de cheminées ouvragées, d'un apparat qui dit clairement : le duc de Bretagne n'a pas à rougir devant le roi de France. On a retrouvé les comptes de bouche du duc lors d'un séjour du 7 au 25 octobre 1396, les aliments, les épices, les préparations réalisées dans cette cuisine précise, à cette date précise.
Un siècle plus tard, le duc François II fait construire la tour Coëtquen, remarquable tour d'artillerie en pied de rempart. Puis viennent les guerres de Religion. Entre 1585 et 1598, Dinan est aux mains du duc de Mercœur, chef de la Ligue catholique en Bretagne. Il fait creuser le fameux souterrain qui relie la tour ducale à la tour Coëtquen, condamnant la porte du Guichet, tournant les canons vers la ville autant que vers l'extérieur. Ce geste dit tout : la garnison contrôle la population autant qu'elle défend le périmètre.
Au XVIIIe siècle, la tour sert de prison. En 1906, la ville la rachète pour trente mille francs et y installe son musée.
Pendant des décennies on l'appela le château de la duchesse Anne. Elle n'y avait jamais mis les pieds.
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