
Château
Château de Domfront
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
Il y a des places fortes que les rois se disputent pendant des siècles. Domfront en est une. Perché sur un éperon de grès armoricain dominant la vallée de la Varenne de près de 70 mètres, ce château de l'Orne a contrôlé pendant mille ans le carrefour stratégique entre Normandie, Maine, Anjou et Bretagne. Celui qui tenait Domfront tenait les routes. Ce n'est pas un hasard si les plus grands noms de l'histoire médiévale y ont laissé leur empreinte.
Tout commence vers 1010-1020, lorsque Guillaume Ier de Bellême fait construire une première fortification en bois au sommet du rocher. Le site attire immédiatement les convoitises. Guillaume, le futur Conquérant, l'assiège et s'en empare au terme de quinze mois d'affrontement. Mais c'est Henri Ier Beauclerc, son troisième fils, qui transforme définitivement Domfront en forteresse royale. Devenu seigneur du lieu en 1092, puis roi d'Angleterre en 1100, il remplace le bois par la pierre et fait ériger l'un de ses massifs donjons romans quadrangulaires — 26 mètres sur 22, des murs épais de plus de trois mètres. L'un des plus imposants de toute la Normandie.
Ce qui suit est une litanie de noms qui font l'histoire de l'Occident médiéval. Mathilde l'Emperesse, fille d'Henri Ier, y établit souvent sa résidence. En 1162, Aliénor d'Aquitaine y donne naissance à sa fille Aliénor. En 1166, Henri II Plantagenêt, malade, y rédige son testament et règle le partage de son empire entre ses fils. En 1169, il y reçoit les légats du pape chargés de le réconcilier avec Thomas Becket. Richard Cœur de Lion y passe son dernier Noël en 1198 — il mourra l'année suivante. Domfront n'est pas un simple château. C'est une scène sur laquelle l'empire Plantagenêt a joué son destin.
En 1204, Philippe Auguste s'empare de la place lors de l'annexion de la Normandie au domaine royal. À la fin du XIIIe siècle, Robert II d'Artois renforce considérablement les défenses : murailles, pont-levis, casemates, et surtout une courtine à gaine — un couloir intégré dans l'épaisseur du rempart, permettant de déplacer les défenseurs à l'abri des projectiles. Une innovation militaire rare, remarquablement conservée. Le château subira treize sièges au cours de son histoire, dont plusieurs occupations anglaises pendant la guerre de Cent Ans, avant d'être définitivement libéré en 1450.
La fin viendra non pas d'un ennemi, mais d'un ministre. En 1608, Sully ordonne le démantèlement de la forteresse, devenue inutile. Les démolitions s'étalent jusqu'en 1611. Il reste aujourd'hui deux pans de mur du donjon, hauts de 25 mètres, la chapelle castrale romane, la courtine à gaine et plusieurs tours d'enceinte dispersées dans la ville. Le donjon est classé Monument Historique depuis 1865.
Des ruines debout, qui regardent encore loin sur le bocage normand. Comme si elles refusaient d'avoir tout à fait disparu.
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