
Château
Château de Fère Hôtel & Spa
Aisne, Hauts-de-France
À propos de ce lieu
À une heure de Paris, entre Soissons et Reims, deux châteaux se font face depuis des siècles, l'un en ruine, l'autre vivant, et c'est précisément cette coexistence qui rend l'endroit unique en France.
Tout commence en 1206. Robert de Dreux, petit-fils du roi Louis VI, fait ériger sur une motte de grès une forteresse heptagonale flanquée de sept tours, ceinturée d'un fossé de vingt mètres de profondeur. Pas de donjon, c'est l'anti-modèle de son époque, un laboratoire d'innovations militaires dont la base prismatique des tours reste inexpliquée à ce jour. Ricochets des boulets ? Simple caprice architectural ? Trois siècles plus tard, le connétable Anne de Montmorency, favori de François Ier, reçoit le château en cadeau de mariage. Il fait appel à Jean Bullant et Jean Goujon, commande une rénovation Renaissance totale, et jette sur les douves un pont-galerie de soixante mètres, cinq arches suspendues à dix-sept mètres au-dessus du vide, qui préfigure exactement Chenonceau. Une longue salle de jeu et de réception, suspendue dans l'air, au-dessus d'un gouffre médiéval. L'inventaire de 1563 y recense un jeu de trou-Madame et un gobelet du roi.
Puis la chute. Henri II de Montmorency est décapité en 1632 pour avoir conspiré contre Louis XIII. Le château passe aux Condé, aux Conti, au duc d'Orléans. Philippe-Égalité, endetté, vend les toitures et les charpentes en 1779 pour seize mille livres. Ce qui reste, les tours, les courtines, le pont-galerie, tient debout par la seule vertu de la pierre. Classé monument historique en 1862, le site dort sous les frondaisons jusqu'aux années 1970.
En face, à quelques pas des ruines, les anciennes écuries et dépendances de la basse-cour ont été transformées en hôtel dès 1956, l'un des premiers châteaux convertis en adresse d'hébergement en France. Le manoir hôtelier qui s'est développé là est aujourd'hui un établissement de trente-cinq chambres et suites où boiseries du XVIIe siècle, parquets d'origine et pierres apparentes dialoguent avec un mobilier d'époque soigneusement choisi. Les salons en enfilade du rez-de-chaussée ont conservé leurs fresques inspirées des Fables de La Fontaine, un clin d'œil à la région qui vit naître le fabuliste. La terrasse du restaurant gastronomique s'ouvre directement sur le parc et les ruines, offrant ce spectacle rare : prendre son petit-déjeuner face à un pont Renaissance du XVIe siècle qui n'appartient à personne d'autre qu'au ciel.
Le domaine s'étend sur soixante-dix hectares de forêt, avec piscine extérieure, spa, court de tennis et chemins de promenade qui serpentent jusqu'au pied du château médiéval. On peut en faire le tour, s'approcher du fossé, lever les yeux vers les arches du pont suspendu, puis rentrer dîner.
Deux châteaux côte à côte. L'un qu'on ne peut plus habiter. L'autre qu'on ne veut plus quitter.
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