
Château
Château de Fontaine-Henry
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Les toits du château de Fontaine-Henry sont plus hauts que ses façades. Quinze mètres de charpente pour un logis qui n'en mesure que douze. Quand on lève les yeux depuis la cour, la toiture en ardoise bleue écrase littéralement les murs qu'elle coiffe, une proportion délibérément inversée, conçue pour provoquer exactement cette stupeur. Il n'existe pas d'autre exemple de cette démesure en France.
La seigneurie existe depuis le XIe siècle, sur ce plateau du Bessin entre Caen et la mer. La famille de Tilly y fait construire un château fort entre 1200 et 1220. Henry de Tilly, fils du grand sénéchal de Normandie, participe à la huitième croisade, et laisse son prénom au lieu. De cette période médiévale subsistent encore la chapelle romane, ses voûtes d'ogives, et les salles basses voûtées qui formaient le rez-de-chaussée du premier logis seigneurial.
En 1374, Jeanne de Tilly épouse Philippe d'Harcourt et lui apporte la seigneurie en dot. La guerre de Cent Ans ravage une partie du domaine. C'est Jean d'Harcourt, lieutenant du roi, qui reprend le chantier en 1497, et c'est là que tout bascule. La famille d'Harcourt tient Fontaine-Henry pendant cinq générations. Les travaux s'étalent sur pratiquement un siècle, jusqu'aux années 1560. Chaque génération ajoute un corps, un style, une signature. La façade ouest porte les traces superposées de quatre époques architecturales : gothique sobre, gothique flamboyant, style Louis XII avec ses médaillons et ses feuillages frisés, puis Renaissance italienne avec ses pilastres à chapiteaux antiques et ses arabesques proliférant sur les allèges des fenêtres. Une inscription sur les colonnes date précisément 1537, réalisation extraordinairement précoce pour ce type de superposition de colonnes en France.
L'architecte caennais Blaise Le Prestre imagine les combles qui couronnent le tout. Il les veut monumentaux, sa cheminée colossale est décrite comme l'égale de celles de Chambord. Serlio, le grand théoricien italien de l'architecture, arrive à Paris en 1540 et découvre ce goût français pour les grands combles d'ardoise bleutée : des choses très plaisantes et nobles, écrit-il. Fontaine-Henry en est l'expression la plus extrême.
Plus tard, une Harcourt porte la seigneurie en dot chez les Morais, dont un descendant épouse Françoise de Sévigné, belle-fille de la célèbre épistolière. Jusqu'au XVIIIe siècle, la route de Thaon traverse encore la cour par une porte monumentale nommée Gloria laus, gloire et louanges. C'est depuis cette route que les façades et les toits furent pensés pour frapper le passant.
Le château n'a jamais été vendu. Dix siècles, dix familles différentes, toutes héritières les unes des autres. L'actuel marquis d'Oilliamson mène lui-même certaines visites depuis le toit-terrasse, face au Bessin.
Quinze mètres de toiture qui regardent passer les siècles.
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