
Château
Château de Grimaud
Var, Provence-Alpes-Côte d'Azur
À propos de ce lieu
Matière excellente avec un angle narratif fort qui se dégage naturellement. Les points clés :
La fausse charte de Gibelin de Grimaldi — au XVe siècle, quelqu'un fabrique un document inventant un héros nommé Gibelin de Grimaldi, censé avoir reçu la seigneurie de Guillaume le Libérateur après la chasse aux Sarrasins en 973. Le personnage est inventé. Les historiens du XVIIIe siècle l'ont prouvé. Le château de Grimaud porte ainsi pendant des siècles un nom fondé sur un faux.
Le golfe de Saint-Tropez s'appelait le golfe de Grimaud jusqu'à la fin du XIXe siècle — c'était ce château, et non Saint-Tropez, qui donnait son nom à toute la baie.
Jean de Cossa, seigneur de Grimaud au XVe siècle, fonde Saint-Tropez — le bourg qui allait supplanter Grimaud dans la mémoire collective est une création de son propre seigneur.
À la Révolution, le château sert de carrière — les pierres les plus précieuses (lave, serpentinite) sont démontées et revendues par un maçon. C'est le démantèlement qui l'a tué, pas la guerre.
Triple enceinte, le village entier à l'intérieur — une forteresse qui était en même temps une ville.
Le golfe que le monde entier appelle aujourd'hui golfe de Saint-Tropez portait, jusqu'à la fin du XIXe siècle, le nom de ce château. Grimaud donnait son nom à toute la baie. C'est dire la puissance qu'il incarnait, perché sur son piton rocheux des Maures à plus de deux cents mètres au-dessus de la plaine, dominant d'un seul regard la mer, les vignes et les collines.
L'origine du château est inséparable d'une imposture. La tradition voulait qu'un certain Gibelin de Grimaldi, héros de la reconquête contre les Sarrasins, ait reçu la seigneurie des mains de Guillaume le Libérateur vers 975. Le château portait son nom. Le village aussi. Le golfe entier. Sauf que Gibelin de Grimaldi n'a jamais existé. Au XVe siècle, des mains anonymes forgèrent une charte inventant ce personnage de toutes pièces — peut-être pour flatter les Grimaldi de Monaco, qui étendaient alors leur influence sur la Provence. Les historiens du XVIIIe siècle découvrirent la supercherie. Le vrai fondateur du castrum reste inconnu. Le nom du village vient probablement d'un propriétaire terrien antique nommé Grimaldus.
Le château lui-même est mentionné pour la première fois en 1058 dans une charte de l'abbaye Saint-Victor de Marseille. Il était alors la pièce maîtresse d'un dispositif fortifié colossal : une triple enceinte englobant le village entier dans ses murs, percée de six portes fortifiées. Grimaud était la capitale du Freinet — ce territoire qui correspond aujourd'hui à l'ensemble du golfe. Au XVe siècle, le seigneur Jean de Cossa décide d'embellir le château et de fonder un nouveau port sur la côte. Ce port s'appelle Saint-Tropez. L'élève allait enterrer le maître.
Le déclin vient lentement, puis d'un coup. À la Révolution, la famille de Castellane fuit à Nice. Le château est déclaré bien national, puis carrière de pierres. Un maçon démonte méthodiquement les blocs les plus précieux — lave volcanique, serpentinite verte — et les revend. Ce sont les pierres elles-mêmes qui sont emportées, pas les armées.
Il en reste pourtant assez pour comprendre ce que fut Grimaud. Les remparts crénelés de sept mètres de haut courent encore sur une longue ceinture autour du sommet. Les archères, les passages souterrains, les citernes taillées dans le roc sont là. Et depuis les ruines, la baie entière s'étend sous le regard — cette baie qui, cent cinquante ans après la disgrâce du château, a définitivement choisi un autre nom.
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