Château de Javarzay
Château

Château de Javarzay

Deux-Sèvres, Nouvelle-Aquitaine

À propos de ce lieu

Au bord de la Boutonne, dans ce plat pays des Deux-Sèvres où la lumière rase éclaire les tuffeau couleur de miel, un château à la silhouette de Loire surgit sans prévenir. Ce n'est pas une illusion : Javarzay a bien été dessiné par un architecte tourangeau, à mille kilomètres de son contexte naturel, et c'est précisément ce dépaysement qui le rend saisissant. Le site est habité depuis l'Antiquité. Sous le château actuel sommeille la mémoire d'une ferme gallo-romaine, le domaine de Gavarcius, dont le nom traversera les siècles en se déformant jusqu'à devenir Javarzay. Au VIe siècle, le site est une ferme royale mérovingienne, domaine de Clotaire Ier. Neuf cents ans de silence relatif. Puis l'histoire s'emballe. En 1514, François de Rochechouart décide de tout reconstruire. Compagnon d'armes de François Ier, gouverneur de Gênes, ce seigneur revient d'Italie avec des idées plein la tête et un architecte tourangeau dans ses bagages. Ce qu'il commande n'est pas une forteresse : c'est le premier château Renaissance du Poitou. Douze tours flanquent une enceinte ambitieuse. Le tuffeau blanc domine. Les fenêtres à meneaux multiplient les décors ciselés sur leurs deux façades. Les mâchicoulis et tourelles à encorbellement du châtelet d'entrée conservent la forme du féodal, mais les proportions, l'élégance des lignes, la lumière calculée appartiennent déjà à un autre monde. L'église Saint-Chartier qui jouxte le domaine recèle elle aussi ses secrets. En 1505, le cardinal Raymond Perrault y fait déposer 115 reliques envoyées de Rome, un trésor sacré qui transforme l'église de campagne en lieu de pèlerinage. La renommée de Javarzay dépasse les frontières du Mellois. Rabelais lui-même s'en empare dans le Pantagruel : parmi les soldats en déroute qui invoquent tous les saints du ciel, il cite ceux qui se vouent ès reliques de Javrezay. Une bourrade dans un roman satirique, mais aussi la preuve que le lieu était connu dans toute la France cultivée du XVIe siècle. Le château passe ensuite de main en main avec une régularité presque royale. La famille de La Rochefoucauld d'abord. Puis le comte de Pontchartrain, ministre de Louis XIV. Puis Guillaume de Lamoignon de Malesherbes — celui qui acceptera en 1792, à soixante-dix ans, de défendre Louis XVI devant la Convention révolutionnaire, sachant que cela lui coûterait la tête. Il la perdra en 1794. Trois propriétaires successifs, trois siècles de pouvoir français concentrés dans les murs d'un château de province que personne ne regarde. Au XIXe siècle, l'enceinte des douze tours est démolie. L'aile gauche disparaît. Le château tombe en ruines. En 1982, la commune de Chef-Boutonne le rachète de justesse avant que les pierres ne se dispersent définitivement. Les deux tours survivantes regardent toujours la Boutonne passer.

Tags

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Informations pratiques

Localisation

9 Av. des Fils Fouquaud, 79110 Chef-Boutonne