Château
Château de Kériolet
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Elle avait trente ans de plus que lui. Zénaïde Narychkine, tante du tsar Nicolas II, veuve d'un prince Youssoupov, l'une des femmes les plus riches de l'Empire russe, tombe amoureuse d'un courrier diplomatique français qui porte les dépêches entre Paris et Saint-Pétersbourg. Un roturier. Le tsar Alexandre II accepte le mariage à une seule condition : le couple quitte la Russie définitivement.
Ils partent. Charles Chauveau cherche une résidence dans le Sud-Finistère pour se lancer dans la politique locale. La princesse lui achète deux titres de noblesse, comte de Chauveau, marquis de Serres, pour faciliter son ascension. En 1861, il achète le domaine de Kériolet, un modeste manoir sur les hauteurs de Concarneau. Élu conseiller général, il se met à rêver grand. Elle, elle a les moyens.
Les travaux débutent en 1863 sous la direction de l'architecte Joseph Bigot. Ils durent vingt ans et engloutissent près d'un million et demi de francs-or. Le vieux manoir disparaît sous les tourelles, les mâchicoulis, les armoiries sculptées. La cour intérieure devient un manifeste de fantaisie architecturale : l'aile ouest médiévale, une section nord Renaissance, la salle des gardes néo-gothique dans toute son ampleur éclectique. La chapelle, posée en 1879, est coiffée d'un archange Saint-Michel terrassant le dragon. En sous-sol, ce que tout le monde prend pour une crypte est en réalité une chaufferie, trois poêles alimentent un système de conduits sous les planchers qui réchauffe l'ensemble du château. Révolutionnaire pour la Bretagne des années 1870.
Le comte meurt à Kériolet en octobre 1882. Zénaïde lui survit onze ans, s'éteint à Paris à plus de quatre-vingt-dix ans. Elle lègue le château au département du Finistère avec une condition absolue : tout conserver en l'état.
Pendant soixante ans, le département respecte le vœu. Puis arrive Félix Youssoupov, arrière-petit-fils de Zénaïde, célèbre dans toute l'Europe pour avoir organisé l'assassinat de Raspoutine le 16 décembre 1916, le moine mystique dont l'emprise sur la cour impériale affolait l'aristocratie russe. Ruiné par la révolution soviétique, il intente un procès au département du Finistère et le gagne en 1956. Kériolet lui est restitué. Il ne s'y attarde guère : les collections sont dispersées, le domaine morcelé, la chapelle rasée en 1971. Les pierres servent à construire une maison. Le puits des cuisines est offert à la Ville Close de Concarneau, où il se dresse encore aujourd'hui.
En 1988, un Parisien amoureux des vieilles pierres, Christophe Lévêque, rachète le château à l'abandon et entreprend de le restaurer.
Un château construit par une Russe exilée, hérité par l'assassin d'un moine, sauvé par un inconnu, Kériolet n'a jamais été un château ordinaire.
Tags
châteaumonument historiqueforteresse


