
Château
Château de la Groulais
Loire-Atlantique, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
En 1890, lors de fouilles dans la cour du château de la Groulais, les archéologues ouvrent une ancienne fosse d'aisances. Ils en retirent un coffre contenant trois mille quatre-vingt-onze pièces d'argent, trente kilos de métal. Quelqu'un avait dissimulé là son trésor en 1591, au moment du siège du château par les troupes espagnoles, et n'était jamais revenu le chercher. Le coffre avait attendu trois siècles au fond des latrines.
La forteresse de Blain, dite château de la Groulais, se dresse au bord de l'Isac depuis 1104. C'est le duc de Bretagne Alain IV Fergent qui en ordonne la construction, sur la frontière méridionale du duché, face aux provinces d'Anjou et de Poitou. La logique défensive est simple : qui tient Blain tient le passage entre Nantes et l'intérieur de la Bretagne. Six châteaux forment cette ligne, Vitré, Fougères, Châteaubriant, Ancenis, Clisson et Blain. Le château passe en 1225 à la famille de Clisson, puis en 1407 à la maison de Rohan par le mariage de Béatrix de Clisson avec Alain VIII de Rohan. La forteresse devient l'une des trois grandes résidences des ducs de Rohan, aux côtés de Josselin et Pontivy.
Au XVIe siècle, les Rohan sont protestants. Blain devient un refuge pour les huguenots du comté de Nantes fuyant les persécutions. Le château dépasse alors en puissance et en luxe le château de Nantes lui-même, Jean II de Rohan bâtit deux tours d'artillerie, transforme une partie des douves en jardins, élève une orangerie, fait construire un portail armorié qui tient encore. En 1591, les troupes du duc de Mercœur, appuyées par des soldats espagnols du capitaine Juan d'Aguila, assiègent la forteresse protestante. Le château est incendié. Quelqu'un, avant de fuir, a le temps d'enterrer son argent.
En 1628, nouveau désastre. Henri II de Rohan a soutenu les huguenots contre Louis XIII. Richelieu ordonne le démantèlement. Les murs sont en partie abattus. Le château perd ses tours, son flanc ouest, une part de son enceinte. Il ne retrouvera jamais sa silhouette d'origine.
La Révolution achève le travail : pillage, incendie, dispersion des archives. Puis vient la période des propriétaires inattendus. En 1918, le château est acheté par Marie Bonaparte, psychanalyste, arrière-petite-nièce de Napoléon, future princesse de Grèce, élève et amie intime de Freud. Elle l'acquiert pour une raison précise : son amant, Aristide Briand, onze fois président du Conseil, avait vécu dans ce château pendant son enfance, alors que sa mère y était lingère. Marie Bonaparte fait restaurer les logis pour pouvoir y recevoir. Elle conserve le domaine jusqu'en 1950.
Après elle, l'État, la commune, et les fouilles qui continuent à livrer leurs secrets.
Le trésor de la fosse d'aisances, lui, n'est plus localisé.
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