Château de la Hunaudaye
Château

Château de la Hunaudaye

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Dans un vallon marécageux de la forêt de Plédéliac, au détour d'un chemin de terre que rien n'annonce vraiment, cinq tours de granite surgissent entre les arbres avec la brutalité tranquille des choses qui ont survécu à tout. La Hunaudaye n'a pas l'allure d'un château restauré. Elle a l'allure d'un château qui a tenu. En 1214, Pierre de Dreux, le duc de Bretagne surnommé Mauclerc, celui qui se bat contre tout le monde, donne la forêt de Lanmur à Olivier Tournemine. En 1220, il l'autorise à y bâtir une forteresse. La mission est précise : surveiller la frontière entre le Penthièvre et le Poudouvre, deux territoires bretons en conflit permanent dont l'Arguenon constitue la limite naturelle, deux kilomètres plus loin. Le site choisi est une cuvette marécageuse, défendue par l'eau stagnante de toutes parts. Un camp gallo-romain s'y trouvait déjà depuis le IVe siècle. La Hunaudaye naît sur des fondations plus anciennes qu'elle. Les Tournemine y résident, y combattent, y prospèrent pendant quatre siècles. Ce sont des soldats, presqu'exclusivement. En 1341, la guerre de Succession de Bretagne ravage le château, les deux camps se disputent le duché, les pierres ne survivent pas. Pierre Tournemine, seul fils survivant de la génération précédente, entreprend la reconstruction à partir de 1367. Il intègre les nouvelles réalités militaires : des tours plus larges pour résister à l'artillerie émergente, des canonnières percées dans les courtines, innovations rares pour l'époque en Bretagne. Le chantier dure jusqu'en 1474. Le résultat est un pentagone irrégulier de cinq tours reliées par des courtines continues, avec des douves en eau et un pont-levis. C'est ce château-là qu'on voit encore. En 1487, la seigneurie est érigée en baronnie. Les Tournemine sont à leur apogée, contrôlant plus de quatre-vingts paroisses. Mais c'est aussi l'année qui suit le meurtre le plus sombre de leur histoire. En novembre 1486, les fils Tournemine ont invité leur beau-père Jean Eder de Beaumanoir, un proche du duc, à une semaine de chasses au château. Le 27 novembre, Beaumanoir est retrouvé mort dans la forêt. Le procès qui s'ensuit mobilise cinquante-trois témoins sur quinze années. Il ne sera jamais vraiment conclu. Les Tournemine s'éteignent au début du XVIIe siècle. Le château se vide, se dégrade, sert de carrière de pierres après la Révolution, on l'avait incendié, soupçonnant les Chouans de vouloir s'en emparer. En 1922, la courtine nord s'effondre. L'alerte déclenche le classement, puis l'acquisition par l'État en 1930. En 1906, avant tout cela, un jeune Gallois de dix-huit ans parcourt la Bretagne à vélo pour étudier l'architecture militaire médiévale. Il s'enfonce dans la forêt, monte dans les tours par des escaliers à demi enfouis, dans le noir complet. Il écrit : sur la poussière des marches, aucune empreinte sinon les miennes. Il s'appelle Thomas Edward Lawrence. Il deviendra Lawrence d'Arabie. La Hunaudaye continue de mériter ce genre de visiteurs.

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Informations pratiques

Localisation

La Hunaudaye, 22270 Plédéliac