Château de La Ville Chevalier
Château

Château de La Ville Chevalier

Côtes d'Armor, Bretagne

À propos de ce lieu

Entre Guingamp et Saint-Brieuc, au bord du Leff qui sépare depuis toujours la Bretagne gallèse et la Bretagne bretonnante, un château du XVIIIe siècle se tient dans son parc comme s'il n'avait jamais eu besoin de faire ses preuves. La Ville Chevalier n'est pas un monument. C'est une maison qui vit encore, habitée par la même famille depuis près de quatre siècles. L'histoire du lieu est plus ancienne que la bâtisse qu'on voit aujourd'hui. Un château défensif existait sur cette hauteur dès le XVe siècle, tirant son nom du terrain et de ceux qui l'habitaient. Il n'en subsiste guère que quelques pierres et un pigeonnier trapu, témoins muets d'un temps où l'endroit avait une vocation militaire. En 1638, le mariage de Jeanne Henri de Beauchamps avec Claude de Quélen ancre le lieu dans une histoire familiale qui ne s'interrompra plus. Les Quélen sont une vieille maison bretonne, compagnons de Du Guesclin selon les chroniques, dont la fortune repose sur la terre et le service du roi. C'est Jean-Claude-Louis de Quélen, capitaine de vaisseau et chef d'escadre sous Louis XV, qui donne à la Ville Chevalier sa forme actuelle : une façade quasiment rectiligne aux grandes fenêtres, sobre et assurée, exactement comme savaient construire les parlementaires bretons du XVIIIe siècle, assez de noblesse pour affirmer le rang, assez de mesure pour ne pas l'afficher. Il navigue sur toutes les mers du roi, guerre de Sept Ans, guerre d'Indépendance américaine, et rentre mourir à Plouagat en 1802, hostile à la Révolution, discret jusqu'au bout. Son fils le dépasse en célébrité. Hyacinthe-Louis de Quélen, né à Paris en 1778, grandit dans l'ombre de cette demeure bretonne avant de gravir tous les échelons de l'Église de France. Académicien en 1824 contre Casimir Delavigne, pair de France, archevêque de Paris de 1821 à sa mort en 1839, le personnage qui préside le baptême du comte de Paris et soigne les malades du choléra en transformant les séminaires en hôpitaux. En 1831, une émeute républicaine détruit entièrement l'archevêché de Paris. L'archevêque s'exile temporairement, mais ne renonce à rien. Sa dépouille repose à Notre-Dame. Son enfance repose dans ce parc de Plouagat. Dans les années 1880, le comte de Quélen fait bâtir une nouvelle chapelle sur le domaine, dans un style dit "bord de Loire", avec des vitraux et des sculptures d'artisans réputés. En 1901, Louise de Quélen épouse Simon de Lorgeril, et la maison passe à une nouvelle branche sans jamais quitter la famille. Inhabitée de 1925 à 1947, restaurée dans les années 1950, la Ville Chevalier s'est ensuite ouverte à une vie nouvelle : chaque hiver depuis des décennies, les dépendances se transforment en exposition de trains miniatures et en boutique de Noël. Ce n'est pas une concession au tourisme. C'est une famille qui partage ce qu'elle a toujours su faire, vivre dans un lieu et le faire vivre. Le Leff coule en contrebas. L'accent breton change d'un bord à l'autre. Le château, lui, ne choisit pas de camp.

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Informations pratiques

Localisation

11 la ville chevalier, Plouagat, France