
Château
Château de Léhon
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Sur un éperon rocheux au-dessus d'un méandre de la Rance, à deux kilomètres au sud de Dinan, sept tours en ruine dominent silencieusement un village que peu de visiteurs prennent la peine de chercher. C'est précisément pour cela qu'il faut y aller.
Léhon commence avant le château. En 850, six moines gallois s'installent sur les berges de la Rance et supplient Nominoë, premier roi des Bretons, de leur accorder des terres. Il consent, à une condition : rapporter les reliques d'un saint breton. L'un des moines, Condan, va de nuit sur l'île de Sercq voler le corps de saint Magloire dans sa tombe. La dalle s'ouvre seule, dit la légende, avec la complicité du Ciel. Sur le chemin du retour, les moines épuisés s'arrêtent sous un pommier stérile à Pleudihen. Au matin, l'arbre porte des fruits, premier miracle du saint dérobé. Nominoë donne les terres. L'abbaye est fondée sur un vol sacré.
Le château vient ensuite, sur la butte qui domine l'abbaye. Il existe déjà en 1034 quand les fils du duc Geoffroy Ier de Bretagne se le disputent dans une guerre fratricide. Détruit en 1065 par le duc de Normandie. Reconstruit. Détruit à nouveau en 1169 par Henri II Plantagenêt qui brûle le cimetière du village en épargnant l'abbaye, geste symbolique, frontière calculée entre la violence militaire et le respect du sacré. Reconstruit en 1170. Puis reconstruit une troisième fois au XIIIe siècle par Pierre Mauclerc dit Pierre de Bretagne, avec un plan trapézoïdal flanqué de sept tours rondes selon les principes de l'architecture philippienne, la même école que les grandes forteresses royales françaises. Cette version-là est celle dont les ruines se dressent encore.
En 1359, le duc de Lancastre assiège Léhon et Dinan. En 1381, le château est rendu au duc Jean IV de Bretagne après une occupation française. En 1490, on le qualifie déjà de ruiné, supplanté par la croissance de Dinan toute proche. En 1620, Louis XIII en donne les pierres aux moines de l'abbaye pour qu'ils construisent leur réfectoire. Le château démantèle ce que le château avait protégé.
Dans la nef de l'abbatiale en contrebas, huit gisants de la famille des Beaumanoir gisent dans la pierre de Caen et le granit, les seigneurs de Dinan qui patronnaient le lieu depuis des siècles. Jean III de Beaumanoir, qui participa au combat des Trente en 1351, est là. Tiphaine du Guesclin, parente du connétable, épouse de Jean de Beaumanoir, repose dans la même nef, ou peut-être s'agit-il de Robert de Beaumanoir, la silhouette androgyne du gisant ayant longtemps trompé les historiens. La mort elle-même brouille les identités ici.
Au sommet de la butte, les sept tours regardent la Rance. En contrebas, les moines avaient volé un saint pour bâtir leur monastère.
Léhon est un endroit qui commence par un crime et finit en ruines, et c'est exactement pour ça qu'il tient encore.
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