
Château
Château de Murol
Puy-de-Dôme, Auvergne-Rhône-Alpes
À propos de ce lieu
La lave a durci ici en un éperon noir que les seigneurs du XIe siècle ont regardé et compris aussitôt : nul besoin de fortifier les flancs, la roche volcanique plonge à pic d'elle-même. Il suffit de bâtir en haut.
L'histoire de Murol commence avec ce basalte. Les premiers murs épousent exactement le tracé du dyke, chaque angle de l'enceinte polygonale suit une arête de la coulée refroidie. Un château fondu dans son rocher, à mille mètres d'altitude, face au Massif du Sancy. Grégoire de Tours mentionne un castrum à cet emplacement dès le VIe siècle — peut-être romain avant lui. Puis les Chambe au XIIe siècle, les Murol au XIIIe, et enfin Guillaume.
Guillaume est né vers 1350. Il passe sa jeunesse sur les routes d'Europe comme chevalier errant — Avignon au service du pape, Paris, Naples, Burgos. Son oncle est cardinal, ami personnel de Clément VII. Son père meurt en 1383. Ses trois cousins meurent sans héritier. À cinquante ans passés, il rentre sur ses terres et ne les quitte presque plus. Il prend en main l'administration de sa seigneurie avec une énergie de bâtisseur : il agrandit le château, édifie une deuxième chapelle pour sa sépulture, creuse les caves, consolide les remparts. Et il écrit. Pendant vingt ans, de sa propre main, il tient deux registres dans lesquels les chiffres de recettes et dépenses se mêlent à des poèmes, des souvenirs, des deuils. Il rédige aussi un testament qui vire progressivement à l'autobiographie — avec "la douleur fait poète" griffonné en marge, après la mort prématurée d'un parent. Ces cahiers ont survécu six cents ans. Ils constituent l'un des rares témoignages directs et intimes sur la vie quotidienne d'un petit seigneur médiéval de province.
En 1455, Jeanne de Murol — dernière héritière de la famille — épouse Gaspard d'Estaing. Le château passe dans une autre lignée et se transforme à la Renaissance en palais à bastions et jardins suspendus, dont les travaux restent inachevés. Puis Richelieu épargne la forteresse grâce au prestige des d'Estaing. Puis l'abandon, la prison, le repaire de brigands, la carrière de pierres. En 1883, Maupassant monte les pentes de sapins jusqu'aux ruines et écrit : "reine morte, mais toujours la reine des vallées couchées sous elle."
Le basalte noir est toujours là. Les registres de Guillaume aussi.
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