
Château
Château de Pierrefonds
Oise, Hauts-de-France
À propos de ce lieu
Le château de Pierrefonds n'a jamais vraiment servi à celui qui l'a fait bâtir. Louis d'Orléans, frère cadet de Charles VI, l'élève en moins de dix ans à partir de 1397 — financé par la dot de sa femme, Valentine Visconti, fille du duc de Milan — pour surveiller les routes entre les Flandres et la Bourgogne, les terres de son ennemi Jean sans Peur. Huit tours. Un quadrilatère de pierre qui commande la forêt de Compiègne. Une forteresse à la pointe de la technologie de son temps. Le 23 novembre 1407, Louis d'Orléans est poignardé dans une rue de Paris sur ordre de Jean sans Peur. Valentine Visconti se retire au château de Blois. Elle meurt l'année suivante, de consomption dit-on, sans être revenue une seule fois à Pierrefonds. Les logis n'étaient pas encore achevés.
Pendant deux siècles, le château passe de main en main. Antoine d'Estrées, père de la célèbre Gabrielle, en est à un moment gardien. Les fils d'Antoine soutiennent la Fronde. Louis XIII envoie les canons en 1617. Richelieu fait démanteler méthodiquement ce qu'il reste. Il ne subsiste que des murs éventrés, des tours décapitées, de la majesté éborgnée — exactement ce qu'adorera le XIXe siècle. Corot vient peindre ces ruines. Napoléon Ier les rachète en 1810. En 1857, sur conseil de Prosper Mérimée, Napoléon III confie à Eugène Viollet-le-Duc une mission qui commence modestement — stabiliser les ruines, rendre le donjon habitable — et devient, en quelques années, une entreprise sans précédent.
Viollet-le-Duc ne restaure pas Pierrefonds. Il l'invente. Il écrit lui-même la règle : restaurer un édifice, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné. L'escalier d'honneur du donjon ? Jamais existé — il l'imagine. La chapelle ? Il se glisse un autoportrait parmi les figures sculptées, sous les traits d'un pèlerin de Saint-Jacques. La salle des Preuses, cinquante-trois mètres de long, voûtée en coque de navire renversé : les neuf statues de femmes guerrières qui ornent la cheminée monumentale ont les visages des dames de la cour impériale. Sémiramis, reine assyrienne, porte les traits de l'impératrice Eugénie. Une seule statue n'a pas de couronne — celle de la lectrice personnelle de l'impératrice, roturière, à qui les conventions du Second Empire interdisaient le diadème, même en pierre.
En 1870, le Second Empire s'effondre. Les travaux s'arrêtent. Le mobilier que Viollet-le-Duc avait dessiné ne sera jamais livré. Le château ne recevra jamais sa cour.
Pierrefonds est le portrait d'un monde qui n'a pas eu le temps d'exister — ni au XVe siècle, ni au XIXe.
Tags
châteaumédiévalforteresse


