
Château
Château de Quintin
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Il y a deux châteaux dans ce parc. L'un est habité, meublé, ouvert. L'autre est inachevé depuis 1666. Ce n'est pas l'abandon qui l'a arrêté, c'est une gifle. Ou plutôt : la gifle que la marquise de La Moussaye a failli donner à l'évêque de Saint-Brieuc. Dans un mouvement de colère contre les obstruction répétées du prélat, elle leva la main sur lui. Louis XIV en reçut le rapport et ordonna l'arrêt des travaux. Le plus grand château de Bretagne, tel qu'il était projeté, mourut ce jour-là, la main levée d'une femme dans le ciel de Quintin.
L'histoire du domaine commence au XIIe siècle. Geoffroy Ier Botherel, fils du comte de Penthièvre, reçoit en 1228 le territoire de Quintin, vingt-huit paroisses, une forêt, un gué sur le Gouët. Il revient de la septième croisade avec saint Louis et fait ceindre la ville d'une enceinte percée de quatre portes. La baronnie passe de main en main pendant trois siècles : Penthièvre, du Perrier, Rohan, Laval, Rieux, Coligny. En 1576, les Coligny introduisent le calvinisme à Quintin. La seigneurie bascule côté protestant. En 1589, les troupes liguistes du duc de Mercoeur assiègent le château et le réduisent. En 1591, les royalistes le reprennent. Il ne reste presque rien de la forteresse médiévale, les remparts, la tour des Archives, une porte.
En 1637, Amaury Gouyon, marquis de La Moussaye, rachète la seigneurie à son beau-frère endetté. Les La Moussaye sont protestants, déterminés, ambitieux. Ils entreprennent un château neuf d'une ambition démesurée : six niveaux, bossages, pavillons d'angle, façades à cour fermée sur un promontoire dominant l'étang. Le projet devait être, selon les estimations de l'époque, le premier et le plus grand château de Bretagne. Deux cent mille livres en quelques années. Mais l'Église surveille. Un seigneur protestant construisant une forteresse en plein cœur de Bretagne catholique, l'évêque de Saint-Brieuc y voit une menace confessionnelle autant qu'architecturale. Les procès s'accumulent, les travaux ralentissent. Puis l'incident de 1666. La main levée. L'arrêt royal. Deux côtés sur quatre furent bâtis. Ils sont encore debout.
Le fils des La Moussaye vend le tout en 1681 au maréchal de Lorge, cousin-germain et l'un des grands capitaines de Louis XIV. Le maréchal ne vient presque jamais à Quintin. Le domaine passe ensuite aux Choiseul, aux Polignac, aux Bagneux, une lignée ininterrompue depuis huit siècles, toujours par héritage, jamais par rupture.
Au XVIIIe siècle, les communs et écuries sont transformés en un second château plus habitable, aux lignes classiques. C'est celui que l'on visite aujourd'hui, avec ses salons meublés, ses collections de porcelaines de Saxe et de Sèvres, ses cuisines en granit. Le vieux château protestant attend derrière, inachevé, cerné par ses remparts.
Quintin a deux châteaux. L'un raconte ce qui fut construit. L'autre, ce qui fut arrêté.
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