
Château
Château de Ranrouët
Loire-Atlantique, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
À deux kilomètres d'Herbignac, au bord des marais de Brière, six tours de granit émergent de la végétation sans qu'aucun village ne se soit jamais formé autour d'elles. Pas d'église, pas de place, pas de bourg. Ranrouët a toujours été seul, et c'est ce qui lui a permis de survivre.
La chose la plus étrange avec ce château, c'est sa position. Les forteresses médiévales se perchent sur des hauteurs, commandent des vallées, surveillent des horizons. Ranrouët, lui, s'enfonce vers les bas-fonds. Il ne domine rien, il contrôle une route, la route du sel entre Guérande et Redon, et la Brière elle-même l'entoure comme une ceinture liquide. L'eau est sa défense primaire. Les douves, creusées plus tard, ne font qu'en renforcer le principe.
Tout commence vers 1125. Les seigneurs d'Assérac, chassés de leurs terres, s'installent sur ce promontoire de basse lande et élèvent une motte féodale en bois, un tertre de terre coiffé d'une palissade, comme il en existait des milliers dans la France médiévale. Vers 1250, Alain d'Assérac, devenu proche du duc de Bretagne, remplace le bois par la pierre. Six tours circulaires, cinq courtines, des mâchicoulis en encorbellement, une forteresse de plan polygonal, solide, trapue, adaptée au terrain marécageux qui l'entoure.
Puis vient Guy de Rochefort au milieu du XIVe siècle, en pleine Guerre de Succession de Bretagne. L'artillerie a changé la donne. Les archères ne suffisent plus. Il fait creuser de nouvelles douves alimentées par canalisations souterraines depuis un étang amont, érige une barbacane, installe un pont-levis dont le couloir d'accès n'est assez large que pour un piéton à la fois. Le château se rétrécit sur lui-même, se ferme, se durcit.
À la fin du XVe siècle, Jean IV de Rieux hérite de Ranrouët. Maréchal de Bretagne, tuteur d'Anne de Bretagne, il est l'un des hommes les plus puissants du duché. Anne elle-même lui verse cent mille écus d'or pour reconstruire le château, qu'un raid militaire avait endommagé en 1488. Rieux transforme la forteresse en résidence : logis adossé à la courtine est, cuisine, salle d'apparat, escalier à l'italienne, alors rarissime en France. Sur les tours, les armes des Rieux et des Rochefort sont gravées dans la pierre.
Les guerres de Religion apportent douze bastions triangulaires supplémentaires et un second réseau de douves. Puis l'Édit de Nantes ramène la paix, mais aussi des soldats sans solde qui pillent les environs et rendent le château invivable. Les habitants d'Herbignac se plaignent aux États de Bretagne. En 1793, la Révolution le vide de ses derniers occupants. Le château est pillé, incendié, puis utilisé comme carrière par les villageois pendant des décennies.
Il faudra attendre les années 1970 et une association de bénévoles pour qu'on commence à s'en souvenir.
Les six tours regardent encore les marais.
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