
Château
Château de Rochefort en Terre
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Le château que l'on voit aujourd'hui n'est pas médiéval. Il est américain. En 1907, un peintre de Baltimore nommé Alfred Klots achète des ruines sur un promontoire du Morbihan et passe dix ans à se construire le château dont il rêvait, en récupérant les lucarnes gothiques et Renaissance d'un manoir abandonné à vingt kilomètres de là, en remontant dans son parc une chapelle entière déplacée pierre à pierre, en bâtissant deux tours là où il n'y avait plus rien. Ce que l'on visite est la vision d'un peintre, plus qu'une forteresse.
Mais sous cette vision, il y a de la vraie pierre, et de vraie histoire. Le château de Rochefort-en-Terre existe depuis le XIIe siècle, planté sur son éperon au-dessus de la vallée du Gueuzon, entre Malestroit et La Roche-Bernard, point de passage obligé entre l'intérieur des terres et l'estuaire de la Vilaine. Quatre siècles durant, les seigneurs de Rochefort tiennent ce passage. En 1374, la famille s'éteint en ligne mâle. Jeanne, l'héritière, épouse Jean II de Rieux. Naît alors la puissante maison des Rieux-Rochefort.
En 1488, tout s'effondre. Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, a pris les armes contre Charles VIII dans la coalition qui veut résister à l'annexion du duché. La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier tourne au désastre. Sept mille hommes morts en un jour. Jean IV fuit. Charles VIII ordonne la destruction du château de Rochefort. Les murs sont abattus.
Ce qui suit est presque invraisemblable. Jean IV avait été le tuteur d'Anne de Bretagne, cette même duchesse qui vient d'épouser le vainqueur, Charles VIII. Anne négocie une indemnité de cent mille écus d'or au profit de son ancien tuteur défait. Les fonds servent à reconstruire le château. L'adversaire finance la restauration de la demeure de celui qui lui a fait la guerre. La tour sud et le châtelet de cette période sont encore debout.
Un siècle plus tard, les Rieux-Rochefort s'éteignent à leur tour. La seigneurie passe aux Coligny, protestants. En 1594, le gouverneur de Redon, catholique ligueur, attaque brusquement, s'empare du château et le livre aux flammes. Deuxième destruction. En 1793, troisième : les Républicains, craignant que les ruines ne servent de refuge aux Chouans, achèvent le travail. Il ne reste plus que les écuries, transformées en logis.
C'est ce que rachète Alfred Klots en 1907. En 1918, il ouvre sa demeure à la Croix-Rouge américaine, centre de convalescence pour soldats blessés. Il meurt en 1939 à Bali. Son fils perpétue. Sa belle-fille Isabel vend en viager au Conseil général en 1978. La commune hérite en 2013. À la nuit tombée, dans les ruines de l'ancien château fort qui jouxte le parc, les habitants disaient jadis que Naïa vivait encore, une vieille femme sans âge, guérisseuse, immortelle, qui ne mangeait ni ne buvait jamais.
Trois fois brûlé, quatre fois reconstruit, et hanté par une sorcière.
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