
Château
Château de Saint-Germain-de-Livet
Calvados, Normandie
À propos de ce lieu
Dans la salle des offices du château de Saint-Germain-de-Livet, des fresques de la fin du XVIe siècle ont dormi pendant des siècles sous un épais badigeon de lait de chaux. On les a redécouvertes au début du XXe siècle en grattant un enduit. Elles représentent sept scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec encore quelques motifs floraux au plafond. Recouvertes, puis retrouvées, elles disent quelque chose d'essentiel sur ce lieu : ici, les couches s'accumulent sans jamais se perdre complètement.
Le château occupe l'emplacement d'une forteresse du XIIe siècle appartenant aux Tyrel, l'une des familles seigneuriales les plus anciennes du Pays d'Auge. En 1462, Jeanne Louvet épouse Pierre de Tournebu et apporte la seigneurie en dot. Le couple fait table rase de l'ancienne forteresse, sauf les fondations et les douves, et bâtit un vaste manoir à pans de bois. Pendant la guerre de Cent Ans, les Louvet avaient choisi le camp anglais, ce qui avait épargné le château des combats. La mémoire de ce choix s'est perdue dans les boiseries.
Entre 1561 et 1578, Jean de Tournebu et son épouse Marie de Croismare, richement dotée par son père conseiller au Parlement de Rouen, accolent au manoir médiéval un corps de logis entièrement nouveau : pavillon d'entrée, galerie couverte, tour circulaire, le tout dans un damier de pierres blanches et de briques vernissées du Pré d'Auge, brique verte, brique jaune, alternées en motifs géométriques selon une formule venue du nord de l'Italie, dit-on par l'influence de la femme du propriétaire. Le résultat est unique en Normandie. Deux siècles et deux styles côte à côte, entourés d'eau, sans rupture ni contradiction apparente.
La famille de Tournebu tient le château jusqu'en 1810, date du décès de la dernière de sa branche. Le domaine passe par donation à la famille de Foucault, puis est vendu en 1879. Il change encore de mains au début du XXe siècle, acquis par Julien Pillaut, directeur au ministère des Affaires étrangères. Sa veuve Augusta le lègue en 1957 à la ville de Lisieux, avec tout son mobilier, toutes ses collections, tous ses tableaux.
Ces tableaux sont la trace d'une généalogie artistique extraordinaire. Parmi eux, des œuvres du peintre Léon Riesener, grand-père de Julien Pillaut, cousin germain d'Eugène Delacroix, et lui-même petit-fils de Jean-Henri Riesener, l'ébéniste de Marie-Antoinette. Une même famille qui traverse trois règnes, la Révolution, le Romantisme et l'Empire en fabriquant des meubles, des portraits et des paysages, et dont les traces finissent dans un château normand du XVe siècle, entouré de cygnes et de douves.
Ce que l'on ne voit pas compte autant que ce que l'on voit.
Le lait de chaux cachait les fresques. Les boiseries cachaient l'histoire.
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