Château de Saint-Pierre-Église
Château

Château de Saint-Pierre-Église

Manche, Normandie

À propos de ce lieu

Dans le Val de Saire, à quelques kilomètres seulement de la mer du Cotentin, se cache l'un des ensembles seigneuriaux les mieux préservés de toute la Normandie. Le château de Saint-Pierre-Église ne fait pas de bruit. Il n'en a pas besoin. L'histoire du lieu remonte aux seigneurs de Clamorgan, une famille d'origine saxonne ralliée à Guillaume le Conquérant, qui tient la paroisse à partir du XIIIe siècle. Au début du XVIe siècle, Jean de Clamorgan y possède une maison forte à pont-levis, close à eaux, jouxtant l'église. C'est lui qui obtient de François Ier, en 1517, la création d'un marché hebdomadaire le mercredi — un marché qui se tient encore aujourd'hui, cinq siècles plus tard. Le même Jean de Clamorgan laisse un Traité sur la chasse au loup qui en fait, aux yeux de certains historiens, le fondateur de la louveterie française. En 1575, la seigneurie passe aux mains de la famille Castel. Vingt ans plus tard, les guerres de Religion frappent durement le Cotentin. En 1594, le château est attaqué et incendié par Jean de Raffoville, ligueur catholique fanatique et voisin acharné. Les flammes ne laissent que des ruines. Un manoir de remplacement est reconstruit vers 1600 — ses vestiges constituent aujourd'hui les communs du domaine. C'est au XVIIIe siècle que naît le château que l'on voit aujourd'hui. Bon Hervé Castel, neveu de l'abbé de Saint-Pierre, décide de bâtir une demeure de plaisance digne de son rang et de son époque. Il confie les plans à Nicolas Blondel, ingénieur et architecte royal. Les travaux s'étalent sur une vingtaine d'années, de 1730 à 1758. Le résultat est saisissant de cohérence : 46 mètres de long, une façade classique d'une sévérité élégante, et des intérieurs d'une qualité rare pour la région — boiseries sculptées, marbres, ferronneries, peintures. Un raffinement parisien posé au milieu des bocages normands. L'abbé de Saint-Pierre lui-même mérite qu'on s'y arrête. Né dans ce château en 1658, Charles François Castel fut l'un des penseurs politiques les plus visionnaires de son siècle — membre de l'Académie française, théoricien de la paix perpétuelle entre les nations, précurseur direct de ce qui deviendra, deux siècles plus tard, la Société des Nations puis l'ONU. Un esprit universel né au fond du Cotentin. Le domaine dessine un carré parfait de 56 hectares, cerné de hauts murs percés de quatre portes orientées vers les quatre points cardinaux — comme un camp romain dont le château occuperait le prétoire. Cet ensemble n'a jamais été morcelé depuis sa création. Il appartient toujours à la même famille, à la douzième génération, qui en assure la conservation avec une obstination admirable. La Seconde Guerre mondiale y laissera ses cicatrices — Allemands, puis Américains s'y installeront successivement, laissant le domaine dans un état de délabrement avancé. Quinze années de restauration seront nécessaires pour le relever. Il est debout. Toujours habité. Toujours vivant.

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Informations pratiques

Localisation

Manche, Normandie