
Château
Château de Saint-Sauveur-le-Vicomte
Manche, Normandie
À propos de ce lieu
Il y a des châteaux qui portent l'histoire de toute une région dans leurs pierres. Celui de Saint-Sauveur-le-Vicomte est de ceux-là. Perché sur un escarpement rocheux dominant la vallée de la Douve, au cœur du Cotentin, il a traversé mille ans de convulsions normandes sans jamais tout à fait disparaître.
L'histoire commence avec les Vikings. C'est probablement dans les premières décennies du Xe siècle qu'une première forteresse en bois est érigée sur ce promontoire, auprès du gué de la Douve. Rollon, premier duc de Normandie, en confie la garde à l'un de ses officiers. Son successeur, Néel Ier, reçoit le titre de vicomte du Cotentin — et c'est ce titre qui donnera son nom au bourg pour toujours. Son fils, Néel II, construit un donjon en pierre. Mais en 1046, il commet l'imprudence de se joindre au complot visant à assassiner Guillaume le Bâtard, futur Conquérant. Défait à la bataille de Val-ès-Dunes en 1047, il est envoyé en exil. Le donjon est rasé.
Le château rentre dans l'histoire à travers son personnage le plus sulfureux : Geoffroy d'Harcourt. Seigneur de Saint-Sauveur au début du XIVe siècle, banni du royaume de France en 1344 pour avoir semé la révolte en Normandie, il fait allégeance au roi d'Angleterre Édouard III — et c'est lui qui, en 1346, guide l'armée anglaise vers le champ de bataille de Crécy. Le château devient alors une tête de pont anglaise au cœur du Cotentin, d'où partent les chevauchées qui ravagent la campagne normande. Froissart écrira que la haine de cet homme coûta au royaume de France des maux dont les traces se virent cent ans après.
À la mort de Geoffroy d'Harcourt en 1356, ses possessions passent directement au roi d'Angleterre. La forteresse est entièrement reconstruite entre 1356 et 1375 par ses occupants anglais — c'est à eux que l'on doit le château tel qu'on le voit aujourd'hui, avec son imposant donjon carré flanqué de contreforts, son enceinte polygonale renforcée de tours circulaires, sa porterie encadrée de deux tours massives. En 1375, Charles V reprend la place après l'un des premiers grands sièges d'artillerie de l'histoire militaire française. Une bombarde capable de lancer des boulets de pierre de cent livres y est mise en œuvre — une arme d'avant-garde pour l'époque.
Les Anglais y reviennent pendant la guerre de Cent Ans, occupant le château jusqu'en 1450. Le capitaine de la place, Jean de Robessart, finit par capituler devant Dunois après la victoire française de Formigny. Le logis Robessart, toujours visible dans l'enceinte, porte encore son nom.
Classé Monument Historique depuis 1840, le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte est l'un des témoins les plus saisissants de la présence anglaise en Normandie médiévale. Ses ruines parlent encore. En anglais autant qu'en français.
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