Château
Château de Trécesson
Morbihan, Bretagne
À propos de ce lieu
Entre Campénéac et Paimpont, la route descend doucement et soudain, au détour d'un virage, quelque chose surgit. Des murs de schiste rouge sang se reflètent dans l'eau noire des douves. Des tours trapues encadrent un châtelet à mâchicoulis. Trécesson n'annonce rien. Il apparaît, comme une vision.
Le château est construit au XVe siècle par la famille qui lui donne son nom, sur des terres où les buttes voisines de Tiot cachent sous leurs ajoncs des tombes préhistoriques, des millénaires de morts enfouis à quelques mètres des douves. Peut-être est-ce pour cela que les légendes s'accumulent ici avec une densité qu'on ne trouve nulle part ailleurs en Brocéliande. Cinq histoires de revenants, de joueurs fantômes, de fiancés séparés et de marquis ruinés. Mais une seule a traversé les siècles avec la force d'une vérité.
Vers 1750, par une nuit d'automne, un braconnier posté à l'orée du bois assiste à une scène qu'il ne comprend pas immédiatement. Un carrosse s'arrête. Une jeune femme en robe de mariée en est extraite par deux gentilshommes masqués. Elle ne résiste pas, ne crie pas, ne supplie pas. Les deux hommes creusent dans le jardin du château et l'y couchent vivante. Puis disparaissent dans le noir. Le braconnier, tétanisé, attend le matin pour prévenir les gens du château, en prenant soin de ne pas mentionner le braconnage. On déterre la jeune femme encore vivante. Elle ne parle pas. Elle meurt avant l'aube, sans avoir pu nommer ses bourreaux, sans avoir révélé son propre nom.
Dans la chapelle du château, sa robe de noce, son bouquet et sa couronne de fleurs d'oranger restent exposés sur l'autel, à la vue de tous, jusqu'à la Révolution. Ce sont ces objets, ces preuves matérielles d'un crime sans résolution, qui confèrent à la légende le statut d'histoire vraie dans l'esprit de ceux qui la colportent. La robe disparaît en 1789. La mariée, elle, reste. Son fantôme blanc flotte sur les douves les nuits de pleine lune, dit-on, la Dame Blanche de Trécesson, que les auteurs romantiques bretons du XIXe siècle s'arrachent, versifient, publient en 1824 dans le Lycée armoricain, transforment en mythe.
Pendant la Terreur, en juin 1793, un autre fugitif trouve refuge entre ces murs : le député girondin Jacques Defermon, signataire de la protestation contre l'exclusion des Girondins, traqué par la Convention. Il se cache à Trécesson plus d'un an. Le château qui enterre les femmes vivantes cache aussi les hommes qui veulent rester en vie.
Aujourd'hui, les murs de schiste violacé se reflètent toujours dans les eaux sombres des douves. Les tours montent, muettes. Le pont enjambe l'étang.
La mariée n'a toujours pas de nom.
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